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Dans ce chapitre, vous lirez les aventures arrivées à nos amis marins. Elles sont en général pleines d'intérêts pour nous.

Si vous avez des récits du genre à éditer sur le site de Caramel, ce chapitre vous est largement ouvert.

   
   

Shana : Au sud du sud de l'île du Sud en Nouvelle Zélande + quelques réflexions sur la vie de nomade aquatique

   

La dernière fois que nous nous sommes parlés, nous arrivions en Nouvelle Zélande pour la troisième fois. Eh bien, nous y sommes toujours et nous y sommes toujours bien !

Nous avons commencé par revisiter cette « Baie des îles » que nous aimons tant, où chaque joli mouillage n’est séparé du suivant que de quelques petits milles, ce qui est toujours bien apprécié après une longue traversée.

« Slice of Heaven » le joli catamaran à moteur de nos amis Andy et Irène nous y attendait. Nous avons pu naviguer ensemble et profiter de l’expérience de Andy pour faire une cure de coquilles Saint Jacques. Ici en effet, contrairement à la France, on peut les pêcher en plongée bouteille et Andy connait  tous les bons coins. Nous parlons interminablement de la construction de leur bateau, mon vocabulaire technique anglais fait  d’énormes progrès.

Quelques mouillages plus loin vers le sud, nous amènent  à Whangarei, escale bien connue de « Shana » puisque nous y avions longuement séjourné l’an dernier. Nous aimons bien cet endroit où le bateau se trouve en plein centre d’une ville à notre dimension, ni trop petite, ni trop grande. On y trouve presque tout et c’est parfait pour faire les nombreux petits travaux qui s’endormaient sur la longue liste inépuisable.

   
   

C’est aussi le centre de ralliement de beaucoup de bohémiens dans notre genre, on y retrouve des têtes connues et des nouvelles. C’est l’occasion de faire des échanges de livres, films, recettes et tuyaux sur les endroits que nous avons visités.

Pour fêter Noël et le premier de l’an, nous partons à la chasse aux Français,  l’Anglais c’est bien, mais pour la rigolade, ce n’est pas le pied. Il faudrait  bien maîtriser la langue et de plus, nous n’avons pas du tout, le même sens de l’humour. Notre humour est aussi éloigné du leur que l’est notre cuisine !  Et puisque qu’on parle cuisine, je peux vous dire que notre menu de réveillon fut très Français et notre humour Gaulois !

Après les fêtes, nous partons faire un tour à « Great Barrier Island », jolie île que nous connaissons  bien, où nous retrouvons notamment Helmut et Meryl qui y ont posé leur sac voici 12 ans. Nous profitons du beau temps pour faire de jolies balades et rencontrons beaucoup de bateaux « Kiwi » puisqu’ici  les grandes vacances et l’été sont en décembre et janvier.

   
   

L’idée étant d’aller dans l’île du sud, nous choisissons d’y aller en passant par la côte Ouest, ce qui semble le plus efficace, mais oblige à une navigation non stop car aucun port fiable n’existe sur la côte Ouest. Pour ce faire, retour à la « Baie des îles » et cap au Nord, ce qui nous permet d’aller explorer les mouillages plus nord que nous n’avions jamais eu l’occasion de faire et découvrir de très jolis coins.

Nous ne nous attarderons pas trop, car un bon créneau météo nous tend les bras. C’est parti, pour une navigation de 3 jours en direction de l’île du Sud. Bonne traversée avec des vents plutôt légers et une mer confortable. Le fameux « Cook Strait » sera un peu plus agité mais c’est inévitable, paraît-il, ce Monsieur devant justifier sa réputation !

A Nelson, nous retrouvons nos copains Kiwi de «  Windora », rencontrés au Vanuatu. On se recroisera d’ailleurs un peu plus loin. Nous attendons aussi l’arrivée du bateau  « Xplore », gros bateau de charter habitué de l’antarctique et le la Géorgie du sud. Nous nous étions longuement fréquentés en Uruguay où le bateau était en réparation.

Nos prochaines escales vont nous emmener vers des coins très isolés, nous profitons donc de la ville pour refaire les stocks. Nous repartons vers le sud, la météo peut y être très susceptible, pour ne pas dire épouvantable.
La première petite étape nous permet de rejoindre Westport. L’entrée est plutôt délicate mais nous avons du beau temps. Le port est très sympa, c’est exclusivement un port de pèche et notre voilier attire tous les regards, il y a un défilé quasi permanent de voiture et piétons, nous avons même la visite d’un Français qui vit  ici depuis longtemps.

Nous reprenons la route pour une plus longue étape afin atteindre de premier et célèbre « Milford Sound ». La navigation sera à nouveau bonne. Même si nous sommes dans la meilleure saison, le petit temps et la mer calme ne sont pas monnaie courante ici.

Nous entrons au petit matin dans notre premier et très spectaculaire fjord. Hélas il pleut, mais puisqu’il a plu toute la nuit, les parois du fjord sont littéralement criblées de cascades se jetant du haut de ses parois abruptes. Le lendemain le soleil est là et le spectacle aussi, moins de cascades mais certaines sont extraordinaires. Elles tombent pratiquement à la verticale et l’on peut venir avec le bateau sous la cascade.

La suite du voyage va être une longue promenade d’un fjord dans un autre. Ils ont chacun leur charme et sont pleins de ramifications, nous ne pouvons malheureusement pas tout faire, car les distances sont assez longues et tout se fait  principalement au moteur.

   
   

L’unique et très délicat problème de cette région sont les « sandflies ».  Nous étions prévenus, elles étaient au rendez vous, par dizaines, par centaines, par milliers ! Il y en a partout, spécialement en bordure de plage, et sur le bateau. Nous sommes condamnés à rester à l’intérieur, tout en faisant une chasse impitoyable contre ces immigrés clandestins. Il n’est pas envisageable de rester dehors, relever l’ancre est déjà un exploit. Avant  sortie sur le pont, on  commence par se couvrir de la tête au pied, sans oublier les gants, en pensant à bien fermer bas de pantalon et jonction gants /manches. Dans les cas les plus graves, il faut se mettre une cagoule en moustiquaire pour éviter d’en manger et d’en avoir dans les oreilles. De toute façon on apprend très vite et on ne répète pas deux fois la même erreur !

Les jours passent vite,  il faut avancer si nous voulons passer un bon moment sur « Steward Island ».
Nous faisons d’abord escale à Riverton, petit port de pêche situé dans une entrée de rivière. Nous savions l’entrée délicate car il y a très peu d’eau. Des pêcheurs sympas nous avaient donné quelques indications. Nous n’avons aucun problème pour entrer, le temps est très calme et il n’y a pas de houle, mais seulement  2m30 de profondeur à marée haute. Pour la sortie, une petite houle est là,  il va falloir franchir des vagues déferlantes de 0m60, avec toujours 2m30 de profondeur ! J’ai cru entendre mon équipage marmonner quelques propos de mutinerie !l va falloir ressortir le fouet !

L’équipage est d’autant plus stressé, qu’il va falloir, après cette sortie « olé, olé » traverser le sinistre « Foveaux Strait ». Nous sommes au Sud…, du Sud…, de l’île du Sud…  Ici la météo est plutôt caractérielle. Quand les vents s’opposent aux forts courants, ce « Foveaux Strait » dans lequel la profondeur ne dépasse pas 30 mètres, devient un enfer. Précisément, il y a une quinzaine, avec des vents jusqu’à 80 noeuds, un bateau de pêche a sombré avec ses neuf membres d’équipage et un voilier a chaviré deux fois. Nous avons rencontré ce bateau par la suite, la jeune femme avec qui nous avons parlé, n’a pas vraiment  appréciée  la position tête en bas. Il semble d’ailleurs que le cerveau n’ait pas repris sa position d’origine !

Mais rassurez-vous, les conditions sont bonnes pour nous et nous rejoignons rapidement Steward Island. Nous visitons seulement la côte Est, elle est moins exposée que les autres, ce sera plus reposant. Nous retrouvons un peu les paysages de Patagonie, la côte est très découpée, beaucoup de petites baies qu’il faut choisir en fonction de la météo. Nous avons l’occasion de goûter des ormeaux et les huîtres locales qui sont plus lisses et plus plates. A part le village principal, l’île n’est quasi pas habitée. Ici la nature est reine, on y vient que pour elle, pour chasser, pêcher, plonger ou se promener. On trouve des « Huts », petites cabanes de contreplaqué avec le strict minimum, qui servent de refuge pour les randonneurs que nous rencontrons parfois. Les conditions sont rustiques mais les Kiwi adorent cette vie de pionnier. Plus c’est rustique et difficile, plus ça leur plait ! La météo est un peu moins bonne que précédemment, mais il n’y a aucunes raisons de se plaindre car c’est tellement beau quand le soleil revient, qu’on oublie très vite la grisaille.

 

   
   

Nous étions très contents des vents de Nord pour nous permettre de descendre vers le sud, mais ces vents de Nord sont si bien établis qu’on arrive plus à trouver un créneau pour remonter vers Dunedin. Il nous faudra attendre une bonne quinzaine de jours avant un changement météo mais nous avons bien fait d’attendre, la navigation fut excellente.

Nous voici maintenant bien installé à Dunedin où nous avons retrouvé Bill qui se met en quatre pour nous rendre service.  Au programme : sortie du bateau pour un léger antifouling et réapprovisionnement pour la suite du voyage.

Dans notre dernière lettre, nous vous parlions de notre programme, d’un retour vers le pays. Et bien les choses ont un peu changées, certains privilégiés en ont déjà eu vent.

Nous nous sommes posés pas mal de questions ! Pourquoi retourner en France ? Qu’y faire ? Pas de réel projet vraiment motivant, puis l’ambiance, l’économie, la politique  et surtout la morosité des gens ne nous donnent pas vraiment envie de revenir !

Nous avons aussi peur, si nous nous fixions en France et vendions le bateau, qu’une fois l’excitation de notre nouvelle installation retombée, la maison mise à notre goût, l’atelier rangé au cordeau, le jardin planté, les clôtures repeintes, la pelouse tondue, nous nous emmerdions copieusement. Plus jamais, le paysage devant nos fenêtres ne bougera.

Repartir après ça, ne serait pas évident. Revendre la maison ? Reconstruire un bateau ?  Beaucoup d’énergie et d’argent seraient nécessaires, d’autant que  les facilités que j’ai eues pour construire mes bateaux ne seront sans doute plus d’actualité, l’âge aussi sera là. 

Donc en résumant, nous sommes trop jeunes pour nous arrêter ! On va donc traîner un peu et rester dans le Pacifique. Depuis la Nouvelle Zélande, nous allons rejoindre en direct l’île de Rapa (2600 mille) puis Gambier, Tuamotu, Tahiti, îles de la Société, Tonga et retour en Nouvelle Zélande. Là, nous ferons une toilette du bateau et de nouveaux stocks, avant de rejoindre la Nouvelle Calédonie où nous nous poserons plus ou moins longuement en fonction du travail que nous y trouverons et de la qualité de la vie que nous aurons. Ceci nous donnera le temps de vieillir, de gagner quelques sous, de se poser un peu et peut-être, de nouvelles perspectives se dessineront-elles naturellement.

Shana – Nouvelle Zélande – mai 2012

   
   
   

Shana : de Nouvelle-Calédonie au Vanuatu ou de mines de nickel aux cocoteraies ...

   

Dépaysement garanti par Shana tant sur le plan humain que par la beauté des paysages. Une mine de liens pour mieux connaître cette partie du Pacifique. Dix pages à lire en cliquant ici. Vous allez y passer la soirée ...

Shana - novembre 2011

   
   
   

Le broussard des Océans

   

Daho à une tête à faire peur à des blancs qui n'auraient jamais vu de mélanésiens, mais il parle tout doucement, il sussure à l'oreille des vaches, une sorte de faible mugissement.

Je crierais plutôt plus fort "Aiiiiche ! iiiiii !" tellement je me prends au jeu. Il s'agit de pousser trois cents vaches, taureaux, veaux, génisses vers le "stockyard", le corral où elles seront identifiées, marquées, pucées. Nous sommes chez Robert, propriété de 900 hectares aux portes mêmes de Nouméa.

Ma jument est une nerveuse, elle ne tient pas en place et je fais des aller-retours derrière les bêtes, il y en a toujours une qui cherche à prendre la tangente. La jument connait le boulot, elle pique sur la rebelle, couche les oreilles et va jusqu'à lui mordre un peu les fesses ! Que ça rentre dans le rang et fissa !

Une fois au "stockyard", elles doivent passer une par une dans le couloir et ce n’est pas gagné d'avance, surtout les mères "suitées" d'un veau qui ne veut pas les lâcher, quitte à te charger méchamment. Là, tu dégages et grimpes vite fait de l'autre côté de la barrière en priant pour qu'elle soit solide !

Pendant ce temps là, deux taureaux - une tonne chacun - se chamaillent. L’un d’eux est soulevé, puis roulé, roué de coups, l'arbitre n'intervient pas. Victoire par K.O.

Ensuite il faut les ramener aux pâturages. Voilà une journée bien remplie à se taper le cul. Enfin du vert, de la bouse, des bêtes, un vrai bonheur pour un marin !

Dans un mois, on remet ça pour les vermifuger, traiter contre les tiques, etc… C’est bon la vie du broussard…

André, reporter vert - Octobre 2011 (andrerihouay1@hotmail.fr)

   
   
   

Langoustes sur Shana en Nouvelle Zélande

   

Mon stylo était un peu encrassé et je n’arrivais pas à mettre la main dessus mais je l’ai finalement retrouvé hier !
Alors, parlons un peu de cette Nouvelle Zélande que nous avons eu tant de mal à rejoindre.

Eh bien, ça n’a pas vieilli, nous l’avons retrouvée identique, toujours aussi verte et accueillante. Nous  nous plaignons habituellement que les choses se dégradent, que c’était mieux avant. Voici au moins un pays qui y échappe !

L’arrivée en Nouvelle Zélande commence par les formalités. Ici c’est un peu plus tatillon qu’ailleurs, notamment pour ce qui est de la nourriture. Beaucoup de produits sont interdits et malgré tous nos efforts de diversion, notre fort sympathique officier de la santé finira par mettre la main sur nos précieuses boîtes de confit de canard !

Nous sillonnons la Baie des Iles, qui est un concentré de petits ancrages, plus beaux les uns que les autres. Non seulement les îles sont belles, mais en plus on y trouve de nombreuses jolies ballades à faire.

Nous  descendons ensuite à Whangarei en faisant quelques escales, je trouve des langoustes mais il faut sortir la combinaison 5mm car les eaux ne sont pas très chaudes.

Nous connaissons bien Whangarei, c’est une sympathique petite ville et la marina est très exactement au centre, donc réapprovisionnement très facile.

Nous profitons des quelques pubs très fréquentés ou règne une bonne ambiance. La clientèle est très variée, il est très drôle d’observer les gens. Ici le complexe n’existe pas. Chacun porte la tenue qui lui convient, cela peut aller de la robe la plus excentrique aux couleurs affreusement britanniques, à la tenue de travail avec gilet fluo et bottes, costume cravate, uniforme de vendeuse, mini-jupe ultra courte.

Une chose est sûre, on reste fidèle à son look. Le Papy qui était motard à vingt ans, porte toujours sa tenue Harley Davidson. Sa Mamy est toujours aussi fière de ses tatouages. Les Hippies sont toujours hippies, le cheveu est plus rare et blanchi mais toujours long. Pas comme chez nous ou nos leaders soixante-huitards en costume cravate sont rémunérés par l’Etat !

Les « Kiwis » sont toujours aussi gentils. Il est très facile d’entrer en contact, c’est ainsi que nous faisons connaissance de Andy et Irène qui vont devenir de bons copains. Ils ont construit un très beau catamaran à moteur et nous passons de nombreuses heures à parler de construction navale.  

Andy a un autre intérêt, c’est un passionné de plongée bouteille. Il connait la côte comme sa poche et nous donne tous les bons coins pour trouver des langoustes, moules, huîtres et coquilles Saint Jacques.

Désormais, nous avons notre réserve de coquilles Saint Jacques. Il suffit d’ancrer le bateau au-dessus et en utilisant mon narguilé, je vais à la cueillette. On se fait de vrais festins !

Nous allons avoir de la visite pour la fin de l’année, Sonia et Christian embarquent. Nous visitons les nombreux et magnifiques mouillages de Great Barrier Island ainsi que Coromandel.

L’ambiance à bord est excellente, un couple de canadiens français va renforcer l’équipe pour fêter Noël et le premier de l’an. A six, nous ferons plus de bruits que tous les autres bateaux réunis. Nous nous sentons bien seuls quand ils reprennent l’avion.

Nouveau petit tour dans ce labyrinthe de mouillages et retour à Auckland ou Michel et Annick viennent  nous rejoindre pour prendre soin de Shana pendant notre retour en France. Nous revenons à Whangarei pour prendre l’avion vers la France pour des « vacances » de deux mois.

Ce petit retour en France, programmé depuis longtemps, est surtout destiné à nos parents. Nous en profitons bien sûr pour voir famille et amis. Nous sommes toujours merveilleusement reçus, il faudra encore faire régime à notre retour, mais comment résister aux plateaux de fromage !

Nous retrouvons avec plaisir « Shana » qu’Annick et Michel ont bichonné. Nous ne passons hélas que quelques jours ensemble. Puis, nous sortons « Shana » au sec pour une toilette de printemps, huit jours suffiront.

Nos pensées s’orientent maintenant vers la Nouvelle Calédonie. Jour après jour, nous scrutons le ciel dans l’attente d’une météo favorable. Rien ne vient, mais comme nous avons un rendez-vous à Nouméa pour le 21, nous partons malgré tout. Je ne vais pas encore me plaindre de la navigation, vous en avez ras le bol et Céline aussi ! Nous arrivons donc sains et saufs pour récupérer dans les délais, sœur et beau frère avec qui nous parcourons le lagon.

Nous retrouvons aussi  beaucoup de très bons amis à Nouméa, nous allons donc y traîner un peu et profiter les uns des autres. Ensuite, nous entamerons la remontée de la côte est de la Nouvelle Calédonie, rejoindre le Vanuatu et pour finir, redescendre en Nouvelle Zélande avec l’idée de plonger tout au sud jusqu’à Steward Island.

A suivre …

Bises de Céline et Antoine sur Shana – Juin 2011

   
   
   

Les Hommes de l’ombre ou le démâtage de « Mirabaud » dans la Barcelona Race

   

 

Certains d’entrevous suivent l’actualité de la course au large. C’est bien entendu un autre monde que celui de la Grande Croisière, mais le terrain de jeu est souvent le même et il y a beaucoup à apprendre des régatiers de l’extrême.

Le 12 mars, après avoir accompli les ¾ du tour du monde, lors de la remontée de l’Atlantique, Mirabaud (60’) skippé par Dominique Wavre et Michèle Paret démâte à 650 milles à l’est de l’Argentine et à 450 milles au nord des Malouines.

Un gréement de fortune est érigé et le bateau avance tant bien que mal vers l’Argentine, dans des conditions météo très variables. Il n’y a pas assez de gasoil à bord pour faire route au moteur jusqu’au prochain port.

L’équipe technique des coureurs se met en branle et se déplace rapidement à Buenos Aires, puis à Mar del Plata, port de la façade océanique.

Mes amis Patrice et Danielle prennent contact avec les autorités locales et les militaires qui jouent le jeu de la solidarité des gens de mer.

Le 19 mars, les militaires mettent à disposition un navire pour aller à la rencontre de Mirabaud.

Le bateau rentre finalement au port et l’équipage est en bonne santé. Il restera trois semaines à couple d’un navire militaire.

Pendant ce temps, l’équipe technique essaie de trouver un cargo pour ramener Mirabaud en Europe. Pour ce faire, il faut faire construire un ber métallique d’une taille impressionnante, vu le tirant d’eau du voilier de course.

Les aléas ne manquent pas dans ce genre de situation, citons pour le plaisir :

  • faire dessiner en urgence par l’architecte, un ber de plus de 3 tonnes
  • plans mal respectés par l’atelier métallurgique
  • le ber prévu pour un voilier de 4,5m de tirant d'eau doit être désassemblé pour pouvoir passer la porte de l'atelier
  • le cargo arrive avec une semaine de retard
  • grève des dockers le jour du chargement
  • navire militaire en feu à 100 m de Mirabaud

Ici, vous commencez à trouver plus de similitudes avec le Grand Voyage …

Mais, les argentins sont des gens sympathiques et respectueux des choses maritimes. Mirabaud sera chargé sur son cargo et est en route vers l’Europe.

Voici quelques photos prises par Patrice et Danielle qui vous montrent l’envers du décor de la course au large. Les honneurs et la presse sont souvent pour les coureurs, mais ils ne seraient rien sans les Hommes de l’ombre. Ceux qui font tout le reste. Bravo à eux.

Je vous recommande vivement de regarder le très bon film sur la course malheureuse de Mirabaud

Et si vous souhaitez plus d’informations, lisez le site de Mirabaud.

Antibes : mai 2011, avec la complicité de Patrice et Danielle de Biche des Mer, Biche du Vent, etc…

   

   
   

Fleur de Sel : croisière en Patagonie et Terre de Feu

   

Le lecteur sait l’intérêt que je porte sur le grand sud. A défaut de m’y être rendu en 2006, d’autres navigateurs nous font le plaisir de publier leur voyage fuégien sur le site de Caramel. Après Shana et Drisar, voici un courrier de Fleur de Sel très richement illustré. De multiples liens vers leur site sont présents pour encore plus d'images. Les candidats à une navigation dans cette région ne manqueront pas d’y trouver un intérêt. Heidi et Nicolas essaieront de nous concocter un guide avec leur expérience pratique de la région.

   
   
   

Amercica’s Cup à Auckland

   

J'avais prévu un scoop en exclu pour vous sur ces nouveaux catas de l'America’s Cup que je voyais sortir tous les jours devant nous à la marina de Viaduct Harbour à Auckland. Mais trop tard ! Fuck ! Je tombe sur mes photos dans le Voiles et Voiliers de mars !

Vous savez donc tout sur ces engins, mais voilà les photos tout de même, prises par Babeth depuis pont de notre Atsani, s'il vous plaît. Respect.

Pas « easy » les photos. C’est un exploit technique que d'arriver à faire la netteté vu la vitesse d'Atsani quand on les a doublé, que dis-je, laissés sur place, scotchés, humiliés.

Même que Larry m'a fait une offre que j'ai du refuser pour raisons patriotiques. Il est parti, déçu. « Attend Larry ! » je disais ça comme ça, « OK pour 100 millions la vérité ! »

La vérité ? Par 6 nœuds de vent, Atsani rampait à 1 nœud. J'allais envoyer les sieurs Volvo quand l'aile nous a frôlé à …, allez je dirais 10 nœuds !!! Damned ! Amazing !

Scoop quand même Oracle, NZ et les suédois s'entraînent ensemble, même hangar, même grue et se tirent la bourre tous les jours dans la baie.

Ils mettent maintenant à l'eau le cata gréé avec son aile. Dès qu'ils ont largué les amarres, ça part comme un pet sur une toile cirée, tout de suite à donf dans le port. Chaud devant !

Atsani dans ses beaux habits neufs filera bientôt ses 6 nœuds dans le Pacifique vers les Vanuatus, qu'il atteindra en une huitaine de jours pour y passer deux mois à caboter d'îles en îles.

Adieu les Kiwis, bonjour les Nivans. Mais non, ce n'est pas une marque de voiture mais les habitants des Vanuatus qui se disent les plus heureux du monde. Cela tient en un mot : Happitumas. C’est du Bismala (leur sabir, mélange d’anglais, de français et de langage local). Faut tout vous dire !

La bise d’André, Reporter happitumas – Auckland - Avril 2011

   

   
   

Le Manchot à oeil jaune

   

Bon alors, pour le Manchot à oeil jaune, je tiens à corriger une erreur trop fréquente : il ne sort pas de l'eau au crépuscule comme son cousin le Manchot bleu ou pygmée, plus petit, plus vulnérable, plus mignon.

Non, le jaune sort en milieu d'après-midi, tranquille. Et que je te cause avec les voisins, et que je me pavane, je me sèche les ailes, je retourne à l'eau … pourquoi pas !

Bref je prends mon temps alors que dans les fourrés de la falaise, les petits qui les ont sentis arriver, gueulent comme des putois affamés qu'ils sont.

Un vrai boxon qu'ils nous mettent ces petiots, sans que ça émeuve les parents. « Non, mais ils vont pas nous lâcher ceux là ! ».

Eux p'têt pas, mais moi oui ça m'émeut. Assis sur un tronc pétrifié au jurassique, je les mate aux jumelles sur cette plage de Curio Bay au sud de la Nouvelle Zélande. 47° sud tout de même.

Les Otaries à fourrure qui se baugent dans un maelstrom de laminaires géantes n’en ont rien à faire, ni les Dauphins d'Hector qui viennent jouer avec les baigneurs.

Les petits manchots bleus sortent tous ensemble quand la nuit tombe, en ligne et en une minute, ils sont à l'abri des hautes herbes de la falaise. Les petits font toujours un raffut de tous les diables. Faut dire qu'ils ont la dalle depuis ce matin !
 
Je tenais à préciser tout ça pour que vous passiez une bonne journée.
Aââh, je vois que ça va mieux tout de suite !


André - Février 2011 (andrerihouay1@hotmail.fr)

   
   
   

Baligand : la remontée de l'Amérique du Sud

   

La deuxième partie de la saison de navigation 2010 qui longtemps paru fort compromise, s’est pour finir révélée un excellent cru

5.000 milles de navigation en 50 jours dont 32 en mer cela compte et cela se conte.

Malheureusement le tout est un peu longuet. Après tout l’histoire couvre quatre mois. Je l’ai donc divisée en trois épisodes distincts :

  • le retour au bateau en août 2010 avec quelques surprises
  • la découverte de quelques mythes argentins
  • la navigation de Buenos Aires aux Antilles

Notre destination d’origine était Trinidad. Le retard pris au départ nous ayant fait arriver après la saison des ouragans, l’excuse était belle pour me rendre à la nouvelle base Amel en Martinique afin de leur confier les clefs du bateau et la liste des problèmes à résoudre.

... SUITE en cliquant ICI

   
   
   

Croisière dans le delta de l'Orénoque au pays des Indiens Warao

   

Miguel nous relate le récit de sa croisière dans le delta de l'Orénoque. Un autre monde à quelques dizaines de milles de Trinidad où les rencontres humaines ou animales sont diverses et surprenantes. Le récit date de 1997, même si l'Administration n'est probablement plus la même, le pays n'a pas trop changé et les Waraos sont toujours là.

Dans les Guides Nautiques de Caramel (en dernière position), vous trouverez les informations pour naviguer dans une partie toute voisine de celle de Miguel. Il faut bien entendu actualiser la situation au départ de Trinidad.

Je vous laisse embarquer dans le récit de 27 pages de Gib-Lau, vous passerez certainement une bonne soirée.

Je remercie Miguel. Vous trouverez l'adresse de son site au début du récit.

Janvier 2011

   
   
   

Shana égrène les perles du Pacifique

   
   

 

Nous nous étions quittés la dernière fois à Raïatea, depuis nous sommes passés à Huahine, Bora Bora, Maupiti (image ci-dessus) et Mopelia. Les perles de nos îles polynésiennes.


Il est vrai, qu’elles sont un peu touristiques, surtout les deux premières, mais ce sont réellement, les plus beaux atolls que nous ayons vu.
Même en y passant pour la deuxième fois nous sommes sous le charme. L’eau claire, les teintes de bleu, couchés de soleil, etc…


Et puis la gentillesse de la population est étonnante. Désormais nous nous déplaçons qu’en stop, ça marche étonnement bien. Les gens se déroutent, pour nous amener ou l’on veut, on a beau leur dire, de nous laisser là, qu’une autre voiture nous prendra dans moins de 2 minutes, rien à faire. Et puis pendant le trajet nous avons droit aux commentaires, infiniment plus drôles que les explications du « Lonely Planet».


Mopelia sera notre dernière île polynésienne, elle est très agréable. La passe d’entrée est particulièrement étroite, comme taillée dans le corail, nous reviendrons y plonger, c’est un vrai réservoir à poisson. 


Les bateaux d’une autre nationalité sont toujours étonnés : nous autres Français sommes constamment à la recherche de nourriture !
Et oui ! Braves gens, nous préférons la langouste et le crabe de cocotier, au corned beef. Et ici nous n’en manquerons pas.
Pour prolonger le plaisir, certains irons jusqu’à en emmener vivant, les enfermant dans un coffre et  les nourrissant de noix de coco !
Mais toutes les bonnes choses ont une fin et il faut reprendre la route, direction Palmerston.

 

   
   

Ce petit atoll, dépendant des Iles Cook, est très particulier par son histoire.  

 
William Marsters, sujet de sa gracieuse majesté arrive sur cette l’île déserte vers 1850, il va diviser l’atoll en 3 zones, qu’il attribue à chacune de ses trois femmes !
William va organiser, avec rigueur et dans la plus pure tradition religieuse Britannique, la vie de ses femmes et ses enfants. Sa polygamie, était effectivement,  une petite entorse aux préceptes religieux, mais est ce rare chez nos hommes politiques ? Et si loin de tout, la prudence conseillait d’avoir des pièces de rechange ...
Donc aujourd’hui, la moitié de la population est descendante directe de William Marsters, la moitié seulement, car heureusement, il était interdit de se marier entre frère et sœur, ainsi qu’entre cousins.


L’île est très bien organisée et il règne une saine ambiance. La tradition veut que chaque voilier de passage, soit pris en charge par une famille. Ce sera donc Willy Marsters qui viendra nous accueillir, nous prêtera son mouillage, nous invitera à déjeuner et nous fera visiter son île.
Malheureusement le mauvais temps nous interdira de redescendre à terre et après deux jours au mouillage nous partons pour Wallis.
 
Wallis est une bonne surprise. Nous n’avions aucune idée de ce que pouvait être cette île. Le nom est connu, mais cette île, si loin de la métropole et du tourisme, n’est pas à la mode et c’est parfait.


C’est un joli atoll avec une grande île principale, assez verdoyante. Si la  population n’est plus polynésienne, mais mélanésienne, elle est toute aussi agréable. Nous abuserons du stop.  Même les gendarmes, nous prendrons en stop, après nous avoir dit que c’était interdit !

   
   

 

Cette petite île de 8000 habitants a un pourcentage incroyable de fonctionnaires. Gendarmes, policiers, employés municipaux, douaniers, assistantes sociales, dentistes, médecins,  hôpital, deux dispensaires. Tous les soins sont gratuits ainsi que les médicaments, nous en avons donc profité. Nous avons même découvert une inspectrice du travail, que je plains sincèrement car trouver un individu qui travaille, autre qu’un fonctionnaire, ne doit pas être facile !
C’est à regret, que nous quittons cette bien sympathique escale, pour rejoindre Futuna.


Futuna est très différente, car ce n’est pas un atoll et donc le mouillage ouvert sur l’océan n’est ni joli, ni très protégé. Nous y passons deux nuits avant de faire route vers les Fidji.
 
Certes nous sommes content de notre séjour aux Fidji, mais néanmoins un peu déçu, nous nous attendions à de très beaux spots de plongée, avec de beaux et bons mouillages, ce fut plus que moyen. Le plus intéressant fut le coût de la vie, qui nous a permis, après la coûteuse Polynésie Française d’aller au resto et de savourer la bonne cuisine indienne. Ici la moitié de la population est indienne, Céline a passé en revue, la quasi totalité des boutiques de saris.
 
La traversée des Fidji à la Nouvelle Zélande, sera un mauvais moment à passer. Nous sommes au près, le bateau gite, la mer est agitée et très désordonnée, nous faisons des embardées pas possibles, un vrai shaker !


Pas moyen de bouffer correctement, c’est piquenique matin, midi et soir. Il faut se battre avec le morceau de pain qui se barre, pendant que le beurre tombe du couteau et vient se loger entre le meuble et la gazinière.


Quand l’infâme sandwich est ingurgité, entre deux embardées du bateau, l’estomac, commence lui aussi à s’agiter. Il est grand temps d’aller prendre un peu l’air. L’air, c’est un grand mot, car sitôt dehors tu as droit au rinçage !


Autre détail pratique qui va sûrement vous passionner : les WC ! Pas question de les utiliser, tu es sûr de finir décalquer sur la cloison d’en face, coiffé de ta propre me..de.


Donc recette : se mettre à poil, aller dans la jupe et ch..r  par-dessus bord, pas besoin de tirer la chasse d’eau, tu es déjà semi immergé, et le prélavage est déjà fait.


Tu crois que pour  dormir c’est mieux ? Et bien non ! J’envie les clandestins Nord Africains logés à ­60 dans un container qui ont plus de confort.
Pas question d’utiliser les couchettes, nous dormons par terre coincés, entre le puits de dérive et le réservoir d’eau, profitant à droite, du bruit de la mer et à gauche de l’eau douce se fracassant sur les parois des réservoirs. Quant à nos malheureux corps, ils sont, au gré des vagues, écraser sur cloisons ou plancher, gravant l’empreinte de nos os dans le bois.
 
Vous croyez que j’exagère ?...............Oui peut être un peu !
 
Mais, mais, mais, vieux dicton breton, qui change tout :
 
« Plus tu en chies en mer, plus belle sera l’escale »!!!!!
 
C’est comme ça, qu’après 365 jours de mer, certains marins ont pu trouver des îles sordides infestées de moustiques, divinement tropicales et les chèvres locales ayant un goût de vahiné.
 
Pour nous la Nouvelle Zélande va donc être particulièrement appréciée.
 
Comme vous pouvez le constater, au travers de ce récit, notre vie n’est pas facile !
Bientôt deux ans et demi que nous sommes partis, et nous n’avons même pas pris un week-end, encore moins de vacances !
Nous allons réparer ça, en prenant deux mois de congés. Nous irons en France, il parait que c’est un joli pays !
 
 

    Bisous          Antoine et Céline sur Shana - décembre 2010
     
   
   

Arrivée aux Tongas



Vers 21h , après le film , André sort pour faire pisser le chien et c'est là sous la pleine lune , par cette brisette d'Est que l'envie lui prend
aussi tôt pensé, le spi est envoyé
celui de Fabrice , le grand spécial petit temps , sans tangon , grand voile à 3 ris dans l'axe
Je dormirai sur le pont ce soir là , je sommeille  et j'entends parfois le pfrrrrittt de l'oreille de spi qui se déroule doucement
A chaque fois que j’ouvre l'œil, je vois la lune à travers le spi
Est ce qu'on peut imaginer quelque chose de meilleur ?
Extase et béatitude
Au petit matin les Tongas apparaissent, j'ai du bien roupiller parce qu’elles me semblent bien proches
Les Tongas ! Il y a 5 ans pour moi c'était une fin en soi, un aboutissement
Là c’est surtout un changement de date
La ligne ne passe pas par là mais elle fait un détour, ordre du roi !


Donc on perd un jour, on est passé direct du samedi au lundi, sucré le dimanche !
Tant pis on retourne au boulot, sans moufter


Bon,  je crois qu'on a fait presque la moitié du chemin
en 4 ans, pour un voyage de 5 ans


Cherchez l’erreur...


André - Novembre 2010 (andrerihouay1@hotmail.fr)

   
   
Des hommes de paille ? Non, les princes des Tongas !
     
   
   

La raie dans la passe


Elle est là, immense, elle bouge à peine
à peine quelques ondulations
de ses ailes de géantes la maintiennent
facilement face au courant. Fascination
noir blanc noir blanc
manteau noir, dessous blanc
virage sur l'aile, blanc, retour en place, noir
la gueule ouverte sur un grand krill.
"J'ai faim" ou "Encore " ?
Elle se gave de plancton
nous nous gorgeons de sa beauté
nous aussi bouche bée
d'admiration
et aussi autour du tuba pour respirer,
agrippés à ce balcon de corail
sous peine d'être emportés.
On est là, scotchés à 5m de la bête
qui nous surveille d'un œil placide.


Passe de Maupiti, bouée rouge, courant sortant 8 nœuds.

Le 20 septembre 2010 à 15h. Raie Manta de 4m d'envergure.

    
C'était " une raie dans la passe " et non pas " une passe ....
par DD le poetpoete. Eh oui, un poete est né !

André - Novembre 2010 (andrerihouay1@hotmail.fr)

   
     
   
   

Brasil - Argentina : BALIGAND passe de la samba au tango

 

   
   

 

Aéroport de Rio, 5 heures du matin. Un chauffeur attend pancarte à la main pour m'emmener à la marina de Bracuhy distante de 250 kilomètres. Délicate attention due à la générosité de Carlos Macedo Da Costa, ci-devant secrétaire de la mairie de Volta Redonda, une commune coincée dans les montagnes de l'arrière-pays. Je le connais à peine…

En fait l'histoire est assez tordue, à l'image du Brésil, et vaut la peine d'être contée. Carlos m'avait été présenté par Pierre, un Français rencontré à Salvador de Bahia où il s'est lancé dans la construction d'une grande marina du côté de la baie d'Araratu.

Inutile de dire que pour mener à bien un tel projet, il faut pouvoir mettre dans son jeu un certain nombre de poissons pilotes bien introduits. Rien qui puisse effrayer Pierre qui mène de front deux vies parallèles, commutant chaque mois entre la France et le Brésil.

En quittant Salvador de Bahia je l'avais déjà rangé au rang de ces rencontres intéressantes et éphémères qui parcourent notre périple. Erreur, le revoilou à Bracuhy où est amarré son voilier amené de France et passé depuis sous pavillon brésilien par un tour de passe-passe bien dans l'esprit local.

Entre en scène son poisson pilote, l'ami Carlos, qui possède à Bracuhy une seconde résidence et un yacht. Celui-ci va s'enquérir avec insistance de Baligand sans que je puisse déterminer l'objet réel de son intérêt, d'autant qu'à la mode brésilienne, il est hermétique à toute autre langue que le portugais.

Quoiqu'il en soit, en quittant Bracuhy, je laisse Baligand aux bons soins du marinero de Pierre que Carlos m'avait promis de surveiller. Par précaution supplémentaire, mon ami Philippe (celui du restaurant Estancia del Puerto) en qui j'avais bien d'avantage confiance, me promit de garder un œil sur tout ce petit monde.


   
   

 

A ma grande surprise, pendant mon séjour en Europe, Carlos me contacte pour m'avertir que Pierre a remonté son bateau, marinero compris, à Salvador de Bahia et propose de reprendre en charge l'entretien de Baligand, ainsi délaissé, tout en insistant pour organiser mon transport depuis l'aéroport.

A l'arrivée à la marina, c'est un ami de toujours que je rencontre. Abraços, remise en mains du bateau lavé nickel et, le lendemain, nouvelle visite d'un Carlos complètement bourré qui m'assure de son amitié éternelle, m'offre l'usage illimité de sa villa, de son épouse, me présente les clefs de sa voiture, m'invite chez lui dans la montagne. La bouteille d'armagnac que je le lui avais offerte en remerciement avait manifestement fait effet. Quand je parviendrai enfin à le remettre vacillant sur le ponton, il partira avec ses secrets – son adresse, les clefs de sa voiture et tout moyen de le contacter – et plus jamais je ne le reverrai !

 

   
     
   

 

Sur ces entrefaites, mes équipiers sont arrivés.

A ma droite, Dustin un jeune américain de l'Oregon. Sorti des études, il a travaillé deux ans pour une banque engluée dans la crise des sub-primes, se chargeant de liquider quelques 400 maisons dont elle s'était retrouvée la malheureuse détentrice. Dustin va rénover, louer, liquider ce portefeuille pour in fine se garder quatre propriétés de choix qu'il va mettre en location. Doté de cette source de revenus, il décide de prendre une année sabbatique à la découverte de son continent. Quoique sans grande expérience de la navigation, son enthousiasme et sa débrouillardise vont me convaincre de le prendre à bord, un choix qui se révèlera excellent.

A ma gauche, Marcos Escobar, un Paulista. Déjà le nom…il y avait de quoi se méfier. La cinquantaine resplendissante, grand, athlétique, une concurrence redoutable auprès des dames. Deux passions l'animent : les femmes et le foot. Et il se dit bon connaisseur de la côte que nous allons descendre. En fait, Marcos connaîtra deux moments de gloire. Au départ, lorsqu'il convaincra le mécano local de s'occuper en urgence du turbo, qui comme d'habitude après plusieurs mois à l'arrêt, refusait d'entrer en fonction, et à l'arrivée lorsque ses lamentations viendront a bout du marinero du Yacht Club Argentino qui nous barrait l'accès à la marina. « Pleurer jusqu'à obtenir satisfaction » nous expliquera-t-il en riant « c'est la méthode brésilienne ».

 

   
   

 

A son crédit, il convient aussi d'ajouter l'explication du mystère Carlos. Lui ayant détaillé l'attitude surprenante de celui-ci, Marcos éclate de rire et explique que c'est typique. Quand un brésilien vous balance son amitié éternelle et insiste pour faire sa maison vôtre, il ne faut surtout pas y ajouter foi. Déception garantie à celui qui prendrait ces déclarations au pied de la lettre. Non, tout est dans la formule, pas dans l'intention. Par contre s'il peut se prévaloir d'un geste de grandeur gratuit, en l'occurrence aux frais de la commune de Volta Redonda, qui établisse sa puissance et votre dépendance, alors il n'hésite pas. Evidemment une fois le mode d'emploi connu, tout paraît plus clair.

Entre ces deux grands moments, Marcos sera surtout aux abonnés absents, soit abattu par le mal de mer, soit terrorisé par les événements. Soyons de bon compte, quand ces deux circonstances lui laissèrent quelque répit, il nous réalisa aussi quelques délicatesses culinaires.

Début mars 2010, c'est bientôt l'automne austral, c'est tard dans la saison pour entreprendre la route de 1.000 nautiques vers le sud-ouest et Buenos-Aires. Plus nous allons descendre, plus le risque augmentera de rencontrer les fronts qui génèrent vents contraires et mer grosse. En chemin plusieurs possibilités de refuge existent. Santos, le port de Sao Paulo et Ilha Bela mais c'est à deux pas du départ. L'île de Santa Catarina et Florianopolis à 350 Nm, Rio Grande do Sul au pied de l'immense lagune où se niche Porto Alegre 330 Nm plus loin, puis 220 Nm plus bas : Punta del Este qui marque l'entrée du Rio de la Plata.

Ce trajet est parcouru d'un courant favorable qui par moment atteint deux nœuds. En naviguant assez bien au large pour aller chercher un vent faible au départ, nous arrivons à nous glisser entre les dépressions de Sud et à réaliser le parcours en sept jours sans marquer aucune escale, mais avec quelques émotions tout de même...

Neuf mars, minuit, 20 nœuds de vent, il est temps de démarrer le générateur pour recharger les batteries. Rien, nada, pas un bruit ne sort de la cale. Batterie moteur morte. Le temps de la déconnecter, de séparer deux batteries de service et utiliser l'une d'elle pour redonner vie au générateur, je constate que la vitesse du bateau est tombée à zéro. L'autre moteur, le génois, est à l'eau et flotte a la traîne.

Ruée sur le pont pour ramener a bord la précieuse voile et constater qu'elle n'a subi d'autre dégât que la rupture par usure du point de drisse. Oui mais la tête de drisse est restée coincée en haut de l'étai et sans elle, impossible de renvoyer la voile. La nuit est noire, le trafic alentour intense. Une seule solution grimper au sommet du mât.

Déjà, sur le pont, vent et houle secouent pas mal, alors vingt et un mètres plus haut… Dustin se porte volontaire « Tu es sûr ?» lui demande-je hypocritement, soulagé de ne pas devoir me taper la corvée « Oui ça paraît cool » «  Bon si c'est cool » La grimpette se passe sans anicroche jusqu'au niveau de la lampe de pont brillamment éclairée quand retentit un cri d'effroi. Dustin vient de réaliser que la lampe qu'il croyait être au sommet du mât n'en est qu'à la moitié et qu'il reste autant à grimper dans le noir absolu. Trop tard pour changer d'avis !

Heureusement Dustin, qui pratique la lutte sportive, est costaud. Tout en résistant aux mouvements du mât qui tel un bronco en furie, essaye de le désarçonner, il parvient à faire redescendre la tête de drisse. Une heure plus tard tout est à poste et Baligand est à nouveau manœuvrable. L'adrénaline peut enfin descendre et quelques bières monter.

Le lendemain matin, nous découvrons l'embouchure du Rio de la Plata. A 118 Nm de large du Cabo San Antonio en Argentine à Punta del Este en Uruguay, le doute n'est pas permis car l'eau prend une teinte distinctement caca, ici ils disent couleur bronze, ce qui revient donc bien au même.

La remontée de 180 Nm jusqu'à Buenos Aires est difficile. Hauts-fonds et épaves cernent le chenal qu'il est impératif de suivre mais point trop car le trafic est intensissime.

A l'arrivée à Baires, comme ils disent, le comité d'accueil nous a oublié. Deux options sont possibles. Soit les darses de Puerto Madero au-delà d'un pont tournant. Oui mais « moi marinero, capitan absent, revenez un autre jour… » Soit le Yacht Club Argentino claquemuré derrière un barrage flottant destiné à bloquer les jacinthes d'eau et où l'irresponsable de service nous la joue « Désolé complet ». En dehors de cela rien. Pas de ponton d'attente, pas de possibilité de mouiller. Après sept jours de mer, c'est sympa. Heureusement Marcos nous fait son numéro de pleureuse en «portuñol»…

 

   
   

 

Le Yacht Club Argentino qui se la joue vieille Angleterre à une sacrée gueule. Club house serti d'acajou, jacket requise pour dîner, cloche de bronze pour saluer les évènements d'importance et bien sur authentiques canons pour les départs de régates. Car nous sommes ici en pays de voileux habitués à affronter les eaux du Rio de la Plata, ses hauts-fonds et ses tempêtes soudaines, les Pamperos.

 

   
   

 

Les destinations habituelles sont Colonia de Sacramento en Uruguay à 25 Nm en face et Mar del Plata à 300 Nm sur la côte atlantique. La région foisonne de marinas, pour la plupart disséminées dans les méandres du delta, mais malheureusement, elles sont soit privées, soit complètes, soit inaccessibles à notre tirant d'eau. Or si l'YCA nous offre aimablement sept jours de « cortesia », au-delà nous sommes priés d'aller voir ailleurs.

Entre en scène Juan Carlos. Il est représentant B&G pour l'Amérique latine et à l'occasion skipper professionnel sur le circuit chilien. Rencontre fortuite comme d'habitude. Alors que nous déambulions en soirée dans les ruelles du centre, nous le trouvons en compagnie du skipper irlandais d'un méga-yacht rencontré à Bracuhy avec qui nous avions sympathisé.

Juan Carlos va se charger de tout. Nous trouver une place inespérée au Centro Naval Nuñez, nous y guider à marée très haute à travers des eaux vraiment basses et s'occuper de négocier fournitures et travaux. Son associé Miguel se charge de jeter un œil sur Baligand.

Dustin décide de me retrouver fin août pour la navigation de retour vers les Antilles. Tout est donc en place pour partir à la découverte de la terre des gauchos et de Maradona.

Buenos Aires – avril 2010

SUITE ARGENTINO -CHILIENNE ci-dessous

   
   

Argentina - Chili : BALIGAND apprécie le Tango et la Patagonie


Buenos Aires est une ville agréable. Quadrillée de larges avenues, aérée de parcs chatoyants. Les élégants immeubles parisiens du Centro contrastent avec les petites maisons de tôles ondulées peinturlurées de la Boca, berceau prolétarien du tango.

Buenos Aires, c’est surtout une atmosphère combinant une convivialité sud américaine bon enfant à un plaisir de vivre européen. C’est que le pays s’est construit sur l’immigration, surtout italienne, d’où un bordel ambiant de bon aloi, et allemande, qui fait que malgré tout cette société arrive à fonctionner.

   
   

 

Entre les deux, il n’y avait pas de place pour les amérindiens que les pères fondateurs de la nation ont pris soin de liquider.

Buenos Aires et le pays se sont construits sur de fabuleuses ressources agricoles. La Pampa peut produire jusqu'à trois récoltes annuelles et suffisamment de viande pour nourrir l’ensemble du continent .

La gabegie des gouvernants est incroyable. Le trait historique dominant est le détournement des richesses accumulées. La vie du pays est ainsi marquée de phases de grande prospérité suivies de faillites retentissantes. D’où une méfiance viscérale des Argentins pour tout ce qui touche de près ou de loin au pouvoir dirigeant, à commencer par les banques. Ils ont plusieurs fois ont vu leurs économies s’évanouir du jour au lendemain. Difficile dans ces conditions de créer les conditions nécessaires à un développement stable.

Le corollaire de cette situation est la violence des transitions politiques. Le passé récent des années noires de la dictature est là pour en témoigner. Une rencontre à la marina m’a d’ailleurs permis de prendre la mesure du traumatisme encore bien présent dans la société argentine.

Deux amies m’invitent à bord de leur petit voilier pour une ballade nautique sur le Rio. Découverte fort agréable des canaux sillonnant le delta et des lieux de détentes privilégiés des « Porteños » : Tigre, San Fernando, San Isidro les faubourgs aisés du Nord. L’une des deux hôtesses, Isabella, médecin, blonde et jolie, dégage pourtant une infinie tristesse et parle peu.

   
   

Son amie, elle-même cardiologue, finit par m’expliquer son mutisme. Agée de trente-trois ans, elle a découvert voici trois ans qu’elle était enfant adoptive. Depuis lors, sa mère lui refuse toute explication quant à ses origines.

Trente-trois ans, le calcul est vite fait. La dictature militaire est en place et les tortionnaires martyrisent et tuent à peu près tout ce qui tombe sous leurs griffes. Les femmes enceintes sont souvent assassinées avec leur enfant, mais il est parfois donné à celui-ci de vivre. Se constitue ainsi une source d’adoption pour les couples bien en cour et en mal de filiation.

Alors, sa maman était-elle complice du régime, connaissait-elle ses parents naturels et qui étaient-ils ? Pour obtenir réponse la présidente Cristina Fernandez de Kirchner, élue avec le soutien des mères de la Plaza de Mayo a ouvert un centre où les parents des disparus peuvent déposer leur ADN et  les citoyens dans la situation d’Isabella aller à la recherche de leurs origines. Elle ne s’est pas encore décidée à franchir ce pas.

Cela dit, Buenos Aires et l’Argentine ne peuvent se résumer aux seuls problèmes politiques et économiques. Les Argentins sont festifs, conviviaux, et amitieux. Un vrai régal à fréquenter. Les restaurants grillent à tour de brochettes, la viande succulente dont le pays ne saurait se passer, la musique anime la ville jusque tard dans la nuit et les Argentins boivent avec délectation leur maté.

   
   

Ce truc il faut vraiment être tombé dedans petit pour l’apprécier. Comme le Marmite des Anglais ou le Sirop de Liège. Cela dit, ils sont comiques avec leur pot en étain rempli d’une herbe bizarre où trempe un embout qu’ils tètent avec délectation. On dirait des drogués, trimballant sous le bras un thermos rempli d’une recharge d’eau chaude. Les Argentins sont gens heureux.

   
   

Leurs voisins uruguayens paraissent partager le même bonheur de vivre, quoiqu’à un rythme plus tranquille. Colonia de Sacramento, de l’autre coté du Rio, à une heure de Buquebus, c’est un autre monde.

Vestige remarquablement préservé d’un établissement colonial du XVIIème siècle c’est aussi un lieu de seconde résidence prisé des Porteños. Deux cents kilomètres à l’est,  la capitale Montevidéo offre l’image d’une bourgade tranquille gentiment assoupie le long des berges du Rio de la Plata. L’Uruguayen ne semble guère différent de son voisin d’en face. Même peuple de gauchos, même économie agraire, même parler bizarre où le « ch » remplace les sons en « ll » ou « y » et les « tu » et «vous » sont mis à la même sauce que « vos ». Il faut un peu de temps pour se faire a cette gymnastique.

Les « Uruguachos » sont gens simples. Il suffit de voir leur nouveau président, Pepe, qui dirige le pays quand la gestion de sa ferme lui en laisse le temps. Si tous les dirigeants monde avaient cette sagesse.

Bien sûr l’Argentine ne se résume pas au Rio de la Plata . Tout au Sud il y a l’immense Patagonie. Vingt-deux heures de bus tout confort et 1.600 Km à travers la Pampa et la steppe patagonne pour atteindre San Carlos de Bariloche, à l'Ouest du Pays, tout à coté du Chili, au pied de la cordillère des Andes.

On prend quelques montagnes suisses, une poignée de lacs américains, un zeste de glaciers nordiques et beaucoup d’arbres de Nouvelle Zélande, on ajoute du soleil et on saupoudre de chalets suisses en bois vernis pour obtenir une petite merveille. L’endroit est très touristique mais parfait pour partir en trekking jusqu'au glacier Tronador , naviguer sur les lacs, se promener dans les forêts et déguster le chocolat local.

   
   

Question andinisme - pas question de parler ici d’alpinisme - les pistes de ski ne sont guère impressionnantes et la station réduite à peu de choses, mais en été qu’importe.
 
Une heure et demi d’avion et mille kilomètres plus au Sud, en survolant les lacs glaciaires, le désert rocailleux et herbeux de la steppe patagonique, en longeant les hauts sommets et volcans des Andes on atteint El Calafate. C'est ici presque le fond du Continent. Le Pacifique, coté Chilien, est à cent quarante kilomètres, la Terre de feu juste en dessous, plus a l'Est.

   
   

Calafate est une ville sortie d’un western, une sorte de décor planté récemment. Seul le centre est asphalté, les environs se parcourent sur des routes de terre. Les maisons construites sur les collines rases autour du lac glaciaire Argentino sont éparpillées comme implantées au gré de chaque nouveau colon.

 

   
   

C'est le pays de l’immense glacier continental, plusieurs fois la taille de la Belgique, à cheval sur le Chili et l'Argentine, qui se divise en affluents dont le plus célèbre, le Perito Moreno, à seulement quarante kilomètres du Pacifique, se découvre en bateau et s’explore à pied.

Coté pédestre c’est de la marche sur glacier, semelles pitonnées et piolet à la main, sinuant entre failles bleuâtres et crêtes blanchâtres. C’est aussi un parcours sur caillebotis qui fait face à l’impressionnante muraille que pousse le glacier jusqu'à la terre, fermant ainsi les eaux du bras Rico du Lac Argentino. Les eaux montent et érodent lentement cet obstacle naturel. Il faut entre deux et quatre années pour faire exploser l’extrémité du glacier. Evènement tellement spectaculaire qu’il passe en direct a la TV.

Coté bateau c’est un parcours de plusieurs heures à travers les glaçons de toutes formes pour atteindre le front des glaces : cinq kilomètres de large et une bonne centaine de mètres de haut. Le but du jeu est de repérer les blocs qui se détachent en permanence de la paroi et anticiper la détonation qui s’ensuit et la vague qui soulève le bateau. Aussi haut que porte le regard, le long parcours du glacier reste bien visible depuis les sommets. C’est un spectacle de toute beauté.

La Patagonie c’est aussi de gigantesques fermes qui tentent de survivre sur une terre si pauvre que trois hectares sont nécessaires pour nourrir un mouton. Le vent souffle régulièrement à plus de cent km/h et jamais il ne pleut, la barrière des Andes arrête la pluie des tempêtes venues du Pacifique qui tombe sur le seul versant chilien et les contreforts andins. C’est bientôt l’hiver et la région va s’endormir sous des températures de -20º. Il ne me reste plus qu’à entreprendre les quatre heures de vol pour rejoindre B-A, 3.000 Km au nord.

Nous sommes mi-avril. Pour naviguer vers le nord, il faut attendre la fin de l’hiver austral et les dépressions de sud qui nous pousseront vers les Antilles. Bonne raison pour aller voir du coté de l’Espagne comment s’annonce l’été.

Buenos Aires – avril 2010

   
   
Baligand est un vagabond en wallon liégeois. Plutôt sympa ...
     
   
   

Paré à harponner le mahi-mahi !


Soudain le poti marara fait un bond en avant. Mollement appuyé sur le bord, je manque de me répandre sur l'énorme glacière qui occupe la moitié du bateau. L’autre moitié est pleine du Volvo 200CV, celui qui rugit en ce moment, sollicité par Casimir, le meilleur pêcheur de l'île qui m'a invité à l'accompagner aujourd’hui.

Poti marara ? un bateau de pêche rapide (30 nœuds si besoin), avec les commandes à l’avant : un manche - style joystick - pour avant/arrière/droite/gauche et les manettes moteur à droite. Le pêcheur- pilote est encastré dans son logement, avec à bâbord de son minuscule cockpit, deux énormes moulinets montés sur leurs cannes et à portée de main sur tribord, … le harpon !

Casimir a maintenant les deux oreilles dressées, le cou tendu, le regard fixe. Yessss, il l'a vu le reflet vert mordoré ! Oui ça y est je le vois aussi. Dorade coryphène ! Appelée ici mahi-mahi. C'est pour voir ça que je suis ici, le mahi-mahi poursuivi ne plonge pas, ne sonde pas, il essaie de semer son poursuivant par des virages rapides, mais rien n’y fait, le poti-marara est bien trop maniable.

Casimir joue des gaz, du manche et sa troisième main empoigne le harpon dès qu’il a réussi à faire passer mahi-mahi à tribord et à portée de sa main tridentée. D'un coup, il se jette hors de son cockpit le harpon levé et vlan, d'un seul coup, d'un seul, il transperce la bête. Oui c'est bestial, ancestral, mais c’est beau, ça me transporte !
A basculer le mahi-mahi dans le bateau, en deux coups de lame, il est découpé vidé et coincé sous la glace, prêt à la vente : 40 euros. Quinze ' plus tard, rebelote toujours au harpon.

C'est bon j'ai vu, je veux bien rentrer maintenant, mais Casimir est au boulot lui. Allez en avant pour quatre heures de traîne sans rien pour s’abriter. Cagnard maxi !

Bzzzzzzz ! Un moulinet est parti à fond la caisse ! Flegmatique mais avec un petit sourire, Casimir annonce en mettant un coup de gaz : "Espadon ". Il me montre le moulinet. "A toi”.

Péniblement en 10', je remonte 50 m de fil sur les 400 que la bête a pris d'un coup. Anthony me relaye. Pareil, encore 50 m. Puis hilare, Casimir prend le moulinet et les choses en main et finit le boulot pendant qu’on jette un coup d'œil méprisant sur ce qui nous sert de bras.

C’est bien un espadon qui finit par se ranger le long du bord. Casimir le soulève d'une main - 70 kg - et l'assomme à coups de matraque. On le bascule dans le bateau. Petit rostre par rapport à celui de Fabrice aux Marquises, mais beau bestiau tout de même. Il sera vendu en filets.

C'était les aventures de l'oncle André, bien le bonsoir à tous et à chacun

BONUS : poti marara en vidéo en ligne

   
    André - Avril 2010 (andrerihouay1@hotmail.fr)
   
   

Castanha do Brasil ou tout ce qu’il faut éviter de faire

A Salvador, l’accent traîne langoureusement sur un mot qui résonne comme une déclaration d’amour, O Brasil. Amour des Bahianais pour leur pays et amour tout court, car ils sont chauds ces latinos.

Chauds sur les plages où garçons et filles exposent fièrement biceps, poitrines, fesses et tatouages.
Chauds dans la rue où les filles suivent de près la dernière mode inspirée des sacro saintes télénovelas.
Chauds sur les routes en mauvais état et encombrées de camions à la conduite assassine, le permis de conduire  tenant ici plutôt du permis de port d’arme.
Chauds enfin partout en ville où des policiers lourdement armés et prompts à jouer du flingue sont omniprésents.

Or donc voici deux voileux déambulant nez en l’air dans Comercio, le quartier des affaires, très animé la journée, mort et mortel le soir. Mais bon, de jour il y a tellement de monde, pourquoi se tracasser. Erreur.
Un visage se glisse à la hauteur d’Odette, un cri… Tout de suite je comprends. “Que t’a-t-il pris ?” “ Mon collier” « Tudieu ». La tête d’or et d’émeraudes du Seigneur de Sipan achetée à Cuzco-Pérou. Irremplaçable.
Sus au voleur qui déjà se fraye un chemin à travers la foule. Chance, il tombe, lâche le collier, le ramasse. Tel Bob Morane contre tous les chacals, je lui tombe dessus, alors qu’il entame un gymkhana dans le trafic et j’arrive à le plaquer contre un bus. Belle occasion de prendre la mesure de l’animal, plus grand, plus fort, plus jeune. Il se dégage donc vite fait.


Oui mais le héros est en rage. La poursuite continue à travers la ville basse, le marché, les petites ruelles. Aucune idée où je suis. Tant que je reste a ses trousses, il doit continuer à courir et donc à attirer enfin l’attention des flics qui n’en demandent pas tant. Au grand galop, ils dépassent Bob Morane vieillissant et rattrapent le voleur épuisé qu’ils cernent tous flingues dehors et le collent sans ménagement contre le mur.

   
   

D’un geste furtif, le malandrin glisse son butin en bouche, ce que je fais comprendre aux pandores qui lui font recracher ses dents, ses amygdales et la chaîne du collier mais pas le pendentif qu’il a du avaler. Quelle avanie pour le Seigneur de Sipan quand il ressortira.


Les flics sont aux anges. Un flag. Plus question de nous lâcher, ils veulent notre déposition. Le temps de récupérer Odette, heureuse de retrouver son héros entier, mais sans le pendentif, et hop nous voici fourrés dans une minuscule bagnole déglinguée en compagnie de trois flics énormes, engoncés dans leur gilet pare-balles, qui nous compressent pour faire entrer leurs fusils à pompe.


Notre voleur a été flanqué dans le coffre d’où il gémit son innocence. Les flics rigolent. Destination la Delegacia, un local délabré où les prises du jour, alignées à même le sol, menottes au poing, attendent résignées. Triste spectacle.
Notre voleur, continue de gémir à deux pas de nous, certes menotté dans le dos, mais quand même… pas rassurant. Trois heures pour prendre notre déclaration, rédigée en portugais et donc parfaitement incompréhensible. On peut quand même y deviner que notre ami s’appelle Jésus Dos Santos, pas vraiment un patronyme adapté a sa spécialité, qu’il a 34 ans et a déjà fait dix ans de prison.


Comme ici un meurtre va en général chercher dans les quatre ans, autant dire que ce n’est probablement pas un tendre. Pour l’heure il n’est pas heureux, mais risque de s’en sortir sans autre forme de procès que de sérieuses douleurs lombaires car le surpeuplement carcéral classe ce genre de cas sans suite mais pas sans conséquences pour la santé de l’intéressé. Les flics ont la matraque lourde.


Cet épisode, le premier en huit ans de tour du monde, n’est pas de nature à ternir notre image du pays. Après tout il était stupide d’arborer un bijou de valeur dans ce quartier de mauvaise réputation. Oui mais, pire nous attendait dans la capitale de l’Etat de Bahia…

Barra, quartier branché, coincé entre les anciens forts portugais et les plages où richesse et misère se côtoient de la manière la plus ostentatoire. C’est ici que la réalité brésilienne colle le mieux à son image, comme nous l’allons découvrir a nos dépens.


Nous avons récupéré Frédéric, le fils d’Odette à l’aéroport et l’emmenons dîner à Barra dans l’ambiance chaude de la fête nationale brésilienne. L’idée est d’aller ensuite dans le parc voisin et d’escalader la petite butte au sommet de laquelle un Christ ouvre ses bras sur les plages et les lumières de la ville. Cette initiative est entièrement mienne et entièrement stupide.


Il est 21 heures, la plate-forme aux pieds du Christ est déserte, l'endroit est sombre, nous admirons la vue. Soudain trois hommes, apparus de nulle part, se ruent sur nous sans proférer un mot.


Violence pure, glaciale, terrifiante. Pas d'autre choix que la bagarre. Frédéric s'en tire avec l'arcade sourcilière et une pommette éclatées. Welcome to Brazil. Un œuf de pigeon gonfle à l'arrière de mon crâne, c’est plus gênant que les raideurs et les écorchures. Sur le corps bronzé d’Odette, des bleus fleurissent partout et une immense frayeur l’envahit.

   
   

Elle mettra longtemps à récupérer. Elle a été jetée à terre et pendant que deux des malfrats nous agressaient individuellement,  le troisième s'occupait d'elle et de son sac. Lorsqu'il est parvenu à le lui arracher, tous se sont enfuis. Gros coup de chance, ils n'étaient pas armés mais, franchement, la protection du Christ les bras en croix … cela ne marche pas.

Philippe à Salvador – Septembre 2009

Ces deux aventures arrivées à mes amis de Baligand n’auraient jamais du être narrées, car mes expérimentés camarades Odette et Philippe achèvent un long tour du monde. Porter des bijoux au Brésil et particulièrement à Salvador est prohibé. Se promener la nuit dans un endroit isolé l’est tout autant. Courir derrière un agresseur l’est encore plus. Philippe m’a avoué n’en tirer aucune gloire. Il est surprenant que le gars n’ait pas de poignard. Ces aventures qui heureusement finissent bien, ne trouvent leur place ici que comme contre-exemple. La plupart des navigateurs qui évitent scrupuleusement de prendre des risques ne prennent que du bon temps et pas de mauvais vent.

   
   

Nouvel An original en Patagonie

On vous gâte, encore des nouvelles ! Mais plus honnêtement, il pleut beaucoup et ça nous occupe…

Que vous dire depuis Puerto Natales, lieu de notre dernier mail ? Dans l’ensemble c’est un peu moins bien que précédemment. Il y a moins de ballades à faire, car le terrain est très escarpé et la végétation extrêmement dense. On marche sur un tapis de mousse d’une très grande épaisseur, qui lui-même, repose sur un amoncellement de végétation en décomposition, le tout noyé d’eau.
                       
Ici la pluie est perpétuelle et les cascades se comptent par milliers. Nous voyons toujours des animaux mais en moins grand nombre. Mais par contre, c’est plutôt rare, nous avons vu des visons et des loutres.

Notre visite à Puerto Eden fut plutôt sympa. C’est un tout petit village de pêcheur. Classiquement, les maisons sont en bois, recouvertes de tôle peintes de couleurs vives.

Ici, les gens n’ont pas les pieds sur terre ! Terrain trop escarpé et on aurait constamment les pieds dans l’eau. Les rues sont donc remplacées par des pontons en bois, sur pilotis. Bien sûr, pas de voiture, pas de vélo, absolument aucun engin.

   
   

Les gens sont très gentils. En passant devant une maison, nous sommes invités par Lolo à prendre le café chez lui. Ça nous donne l’occasion de voir l’intérieur. En fait les gens sont très pauvres et tout est bricolé avec les moyens du bord, c'est-à-dire peu de choses.

Par contre la télé trône au premier plan. Nous pouvons donc voir le dernier feuilleton chilien, pas moins con que les nôtres. Cependant, question couleur, on n’est vraiment pas à la hauteur. A  l’écran, quoi que ce soit : vêtement, mobilier, tapisserie, peinture ou maquillage, tout est de couleur ultra criante, le pastel n’existe pas, nous ressortons les yeux explosés !

Le lendemain, nous repassons voir Lolo. Il est en train de repeindre partiellement sa maison, en rouge vif… Je n’ai jamais vu un tel gâchis de peinture. Echelle, sol, mains, vêtements, visage, il y en a partout !!

Les risques de projections étant très importants, nous avons donc laissé l’artiste à son travail, après l’avoir assuré que c’était très joli.

   
   

Nous passons Noël à Puerto Eden avec André, déjà plusieurs fois rencontré. Le mauvais temps est installé, 40 nœuds et le bateau remue pas mal derrière son ancre. Pour annuler cet effet de roulis, nous débouchons quelques bonnes bouteilles, c’est efficace !

Nous reprenons la route.  Direction Seño Iceberg. Nous tentons une nouvelle fois, d’aller voir de près un glacier. Cette fois c’est un grand succès, il fait beau et nous nous en approchons à moins de 300m. Comme un autre voilier nous accompagne, il prend « Shana » en avant-plan.

   
   

C’est un joli spectacle. Les nuances de bleus et de blancs sont très jolies et changent en fonction de l’éclairage. Ce qui est étonnant, c’est le bruit, on entend très souvent le glacier qui se fend, c’est comme un coup de tonnerre.

   
   

Aujourd’hui 31 décembre 2009, niché au fond de la caleta Point Lay, le temps est à la pluie, ce qui malheureusement devient une habitude ces derniers temps. Les perspectives pour le réveillon sont assez modestes, pour ne pas dire inexistantes.

Le capitaine après déjeuner, prend un repos absolument injustifié, il est soudain réveillé en sursaut par les hurlements de Céline, la terre vient très certainement de s’ouvrir en deux. Non… c’est seulement un autre voilier qui arrive !

Il s’agit d’un joli bateau anglais de 17 mètres avec à son bord un couple et leurs deux filles : Caitland et Morgause. Voilà une agréable surprise qui va amener un peu d’animation dans ce coin perdu sous la pluie.

Le bateau vient se mettre à couple et nous faisons connaissance. Après le dîner, une fois les filles couchées, nous recevons Carl et Te pour un petit drink, qui finalement durera. En effet, il nous faut porter un toast à la nouvelle année, une première fois à l’heure anglaise, puis française et enfin chilienne.

Nos British sont assez originaux, nous aurions pu penser que le blazer allait être de rigueur, mais Carl arrive en jogging avec ses chaussons en forme de pieds de singe. Quant à Te, la tenue ne ressemble strictement à rien, nous avons beaucoup de mal à savoir s’il s’agit de robe de chambre, d’un peignoir ou d’un kilt. Une seule chose est certaine, l’assortiment des couleurs est typiquement britannique !

Carl a un visage pétillant de malice, il passe son temps à plaisanter et faire des gags. Il ne lui manque que le nez rouge pour être clown. Te est plus sérieuse mais tout aussi décontractée, elle nous parle de leur voyage débuté il y a 4 ans. L’ambiance à bord de leur bateau est particulièrement détendue, rien ne semble avoir prise sur la bonne humeur de Carl et quelque soit les problèmes rencontrés, c’est considéré finalement comme une aventure bien drôle !
A minuit nous sommes sur le pont, Carl avec ses pieds de singe et Te avec sa tenue de concierge de bas étage, nous faisons un vacarme de tous les diables avec la corne de brume, absolument certains de ne pas être poursuivis pour tapage nocturne.

Le lendemain, après nous avoir souhaité à nouveau de bons vœux, nous échangeons nos adresses. Nous avions déjà remarqué qu’il s’agissait de gens plutôt aisés, le bateau représentant déjà un joli paquet de livres sterling.

En regardant de plus près leur carte de visite, nous découvrons qu’il s’agit de Lord and Lady Hol. Nous apprendrons dans la conversation, qu’ils possédaient avant ce voilier, un bateau à moteur de 20 mètres pouvant aller à 40 nœuds et consommant la bagatelle de 800 litres à l’heure ! Faites le calcul à 1 euros du litre…

Bref, ce sont les Anglais les moins coincés qu’il m’ait été donné de rencontrer et nous avons passé une excellente soirée avec eux. On peut donc être Lord, avoir le sens de l’humour et ne pas ressembler à un mannequin de cire du musée Grévin.

Carl nous a officiellement invités au château, en septembre 2018 pour les vingt ans de Caitland. Il n’y aura que des gens un peu fou m’a-t-il dit. Nous y serons.

Antoine et Céline sur Shana en Patagonie - Janvier 2010

   
   
   

Journées « ordinaires » en Patagonie


Nous arrivons juste à Puerto Natales, fin de notre première étape en Patagonie. Trente sept jours de ballade sinueuse dans les canaux patagons. Nous avons croisé quelques pêcheurs, une poignée de cargos et deux voiliers. Une seule fois, nous nous sommes retrouvés avec un autre bateau au mouillage, la soirée fut excellente, et le lendemain l’un continuait sa route vers le nord et l’autre vers le sud…

Nous sommes ravis de cette première partie. Nous remercions nos prédécesseurs de nous avoir incité à y venir, c’est unique et spectaculaire, encore mieux que sur le calendrier des postes !
Ces trente sept jours sont passés très vite, nous faisions en général une étape par jour. Trente deux escales, 650 milles parcourus.

Très rapidement, de petites habitudes se sont installées. Un petit lever rapide du Capitaine pour mettre en route le chauffage avant de replonger sous la couette. Quand la température a atteint un niveau civilisé, c’est le lever définitif pour préparer le petit déjeuner de «Princesse Céline ».

Mise à l’eau de l’annexe pour enlever les 300 m de cordages qui nous relient à la terre, rembobinage desdits cordages, on remonte l’annexe, l’ancre et en route pour la prochaine caleta, en général 4 à 8 heures de navigation.
A l’arrivée, c’est la manœuvre inverse, on jette l’ancre, on met l’annexe à l’eau, on se dépêche d’aller mettre les bouts à terre, on met un peu d’ordre dans le tas de cordage qui se trouve dans le cockpit et puis on souffle un grand coup !
La quasi-totalité de ce parcours s’est faite au moteur, ce qui pour un voilier n’est pas un must ! Mais le vent étant presque toujours de face, nous n’avons guère le choix. De plus, il change souvent en force, ce qui obligerait à des manœuvres incessantes.

Le bon coté du moteur, c’est que pendant qu’il fonctionne, nous avons le chauffage en permanence et nous fabriquons plus d’eau chaude et d’énergie que nécessaire. Autre point très positif, pas besoin de sortir dehors. Le génial constructeur de ce fier vaisseau, a eu la bonne idée de faire un roof panoramique avec barre intérieure, nous restons bien au chaud et voyons défiler le paysage sous nos yeux. Au loin, les montagnes enneigées, les glaciers avec leurs reflets bleus, les îles, les récifs, les forêts, les oiseaux, les manchots. Tout ce beau monde sous l’éclairage très particulier de la Patagonie. Le soleil joue avec les nuages, les couleurs changent de nuances. Un seul bémol, le soleil n’est pas là en permanence !

Au tout début, la météo a été très gentille, petit vent et soleil. Puis nous avons eu une vague de neige pendant 8 jours ce qui était anormal pour la saison. Nous avions jusqu’à 15 cm de neige sur le pont et il fallait le matin déneiger.  Nous étions ravis surtout au début, ensuite ... un peu moins !  La neige était tellement abondante qu’il n’était plus possible de se promener à terre et la visibilité si faible que la navigation était impossible certains jours.
Après quelques jours d’une météo plus classique, nous entrons dans le détroit de Magellan. Là ça se gâte, vent de 30 à 40 nœuds, grains et  pluie. Le détroit étant assez large, il se forme dans ces conditions, un gros clapot qui casse les reins du bateau et la vitesse chute terriblement. Nous ferons quelques escales prolongées pour attendre que la météo finisse de bouder.

   
   

Mais après la pluie, le beau temps. Tout redevient parfait et nous n’en apprécions que mieux le canal Smyth.
Nous étions pressés d’aller voir les glaciers, de s’en approcher au plus près et de faire de magnifiques photos. Cela n’a pas été aussi simple…

Nous allons voir à pied notre premier glacier. Il ne tombe pas dans la mer, une bonne marche nous en rapproche, mais pas suffisamment pour avoir de la glace à mettre dans le pastis.
Nous approchons le second avec l’annexe mais le mouillage est tellement encombré de glace qu’il nous faut repartir avant la nuit.

Sitôt entré dans le fjord du troisième, nous faisons demi-tour. C’est une mer de glace et il faut parcourir 4 milles pour arriver jusqu’au glacier.

Le quatrième sera le bon, la journée est magnifiquement ensoleillée. Plus nous progressons à l’intérieur de ce joli fjord, plus il y a de glace et plus les growlers sont gros. Nous continuons à vitesse réduite, mais il faudra renoncer à aller jusqu’au pied du glacier. Nous sommes cernés de glace et le sillage se referme derrière nous. Vu la saison, il n’y a aucun risque d’être pris dans la glace, mais le bruit des morceaux de glace qui heurtent la coque m’arrache les tripes !
Nous prenons, néanmoins, de jolies photos et ferons le retour sous génois, parmi la glace et sous un soleil éclatant.

   
   

De caletas en caletas nous voici arrivés à Puerto Natales, le tiers de notre périple Patagonien est réalisé.
Nous reprenons contact avec la civilisation pour faire les pleins d’eau et de gasoil nécessaire à la prochaine étape.

Antoine et Céline – Shana à Puerto Natales – Décembre 2009

   
   

Le Pacifique, faut pas s'y fier !

C'est en Nouvelle Zélande, à Opua exactement, que la dernière navigation de mon programme 2009 m'a conduit. Des 10.500 milles faits cette année, c’est assurément cette traversée de 1.100 milles depuis les Fiji qui  a été la plus difficile.

La fenêtre météo choisie ne s'est pas avérée aussi judicieuse que je l'avais prévu. J’en tiens pour preuve d’être le seul à l'avoir exploité. Pour être précis, je n'ai pas su l'exploiter judicieusement. Au départ, j'aurais mieux fait de prendre cap sur Sydney au lieu de viser la pointe nord-est de la NZ.

En fait, pour le marin, la ligne droite est rarement la meilleure voie ou le trajet le plus rapide. Au milieu de la traversée, j'ai eu un premier petit problème avec la gazinière. En fait, le problème venait du détendeur, celui que l'on fixe à la  bouteille de gaz. Je n'ai rien pu y faire, aucune réparation, aucun bricolage ou du moins je n'en ai pas trouvé. Pourtant il était hors de question de ne plus manger chaud, car plus je descendais vers le sud, plus il faisait froid.

Alors, j'ai fixé mon barbecue à gaz sur la cadène qui passe près de l'évier. C’est vraiment une solution de dépannage et je ne peux pas me permettre de passer trop de temps en mer. En effet, je n'ai que deux petites bouteilles et il ne faut pas que ça bouge trop.

A 300 milles de la pointe NE, un fort vent de sud, m'interdit l'accès à la NZ. Cela a duré trois jours, trois jours où je me suis mis à la cape sous trinquette et un peu de GV. Durant les deux premières journées, j'ai essayé de lutter avec voiles et moteur mais le vent, jusqu'à 40 nœuds, créait une mer de folie. Non seulement je n'arrivais pas à reprendre les milles durant lesquelles j'avais dérivé (2 à 3 milles par heure de dérive) mais en plus je récoltais deux soucis supplémentaires.

D’abord, ce type de navigation avait goulûment entamé le réservoir de gasoil et ensuite, le moteur commençait à présenter de sérieuses baisses de régime, suffisamment sérieuses pour que je doive l'arrêter. Le problème du gasoil n'était pas très grave dans la mesure où il me restait encore six jerrycans de réserve, soit un peu plus de 120 litres. Toutefois, je ne pouvais pas les transvaser avec une mer pareille. Le moteur était plus inquiétant mais je me rassurais en pensant que cela pouvait éventuellement venir du manque de gasoil dans le réservoir.

L'autre souci majeur, était une déchirure sur la partie haute de la grand voile. Rien de catastrophique, mais bien sûr les conditions m'interdisaient toute possibilité de réparation. L'enrouleur de grand voile m'a toutefois permis de mettre à l'abri la partie déchirée. Il me restait encore une moitié de grand voile pour finir la route. Super!!!

Dans un premier temps, je ne savais pas quoi faire à part attendre mais je souhaitais mettre en place une stratégie, surtout que les fichiers météo que je recevais n'étaient pas simplement est ou ouest ! Les données du problème étaient les suivantes :

  1. si dans les prochains jours, une dépression se présentait, les vents tourneraient à l'ouest ou nord-ouest, donc il me faudrait faire cap à l'ouest
  2. si le temps anticyclonique persistait, il faudrait faire le meilleur cap possible vers l’est car les vents vireraient sud-sud-est à est

Alors que choisiriez-vous : est ou ouest ? Moi, j'ai privilégié l'est. Je vous dirais bien que c’est grâce à mon sens marin, l'habitude que j'ai des nuages et de la mer, mes couilles et le reste. Hé bien que nenni mes amis, en réalité c'est finalement le baromètre qui a pris la décision. Oui je sais, il n'y a vraiment pas de quoi faire le malin mais vous pouvez me croire, je ne faisais pas le malin et je jurais d’impuissance.

Après avoir diminué de moitié, le vent a tourné légèrement sud-ouest dans un premier temps, ce qui m'a permis de mettre le cap sur la Tasmanie. J'ai passé une nouvelle nuit à la cape, par manque de vent cette fois. Situation bien moins agréable car la mer était toujours démontée. Le lendemain après-midi, le vent a tourné sud-sud-est et enfin sud-est. Après le onzième jour de mer, j’ai atterri à Opua.

Malgré mes petits soucis, je garderai un excellent souvenir de cette navigation car d'une part le soleil a toujours été de la partie. Par ailleurs, je ne connais aucun navigateur qui n'appréhende pas cette navigation ou qui se vante de l'avoir fait uniquement sous voiles. Je suis donc dans la norme.

Installé depuis  trois jours à la Marina d'Opua, je prépare le bateau pour le mettre en vente, assurément une nouvelle aventure qui m'inquiète beaucoup plus que les broutilles de ces derniers jours.

Amitiés et bises aux filles !

   
mouillage d'Opua
    Jacques - navigateur solitaire - novembre 2009
   
   

Pêche au milieu des requins aux Tuamotus

Au début, c’est comme d’habitude, tu promènes ton fusil-harpon au milieu des patates de corail disséminées sur le sable blanc et constellées de myriades de poissons. Tu  choisis une proie, tu tires et tu la rates.

Puis finalement, tu en chopes un, puis deux, et puis au moment de tirer le troisième, tu te retournes, on ne sait pourquoi, et il est là, à dix mètres. Le squale passe, il ne semble pas te remarquer ou il t’ignore, un peu comme le barracuda.

Bon, tu attends sagement qu’il disparaisse, tu vas retirer, tu te retournes et il est encore là. Non, ils SONT là. Il y en a deux maintenant, toujours l’air indifférent. Ce sont des requins pointes noires, pas méchants, juste intéressés par ta pêche, au cas où il y aurait des miettes à grappiller.

Quand ils sont quatre ou cinq, tu commences à te rapprocher subrepticement de l’annexe, sans en avoir l’air. Arrive un requin gris de deux mètres, il faut se méfier. Puis un requin tigre s’intéresse à l’attroupement, il faut sortir tout de suite. On ne se fait pas prier pour palmer dur.

On a tous entendu des histoires de requins, mais rarement de la bouche de ceux qui les ont vécus. Notre ami Norbert nous a expliqué qu’il s’était fait manger un bout de palme par un requin gris, en pêchant dans la passe d’Apataki … Là où j’ai nagé la veille en toute quiétude !

Ce sont, pour moi, les premiers contacts avec ses charmantes bestioles, pas les derniers, il faut que je m’y habitue. D’ailleurs, je vais tout à l’heure dans la passe de Ranguiroa réputée pour ses squales.

   
    André - Juin 2009 (andrerihouay1@hotmail.fr)
   
   

Pêche à la chevrette

« T’es sûr de vouloir venir à la chevrette ce soir ? ». J’aurais du me méfier quand Honoré m’a demandé ça avec un petit sourire dubitatif. Nous ramenions ses chevaux après une superbe balade de toute la journée autour d’Aneho, au nord de Nuku Hiva aux Marquises.

J’imaginais une petite sortie apéritive d’une heure ou deux. Que nenni Messire ! En selle derechef, à la nuit tombée, nonobstant votre cul en feu. Nous voilà tous repartis : Honoré et son petit frère Pumatu , Fabrice et moi. Riri s’est habilement excusé, le fourbe.

Nuit noire, les chevaux ont l’air de connaître, tant mieux. Je vois à peine le ravin sur le coté. Après une heure, on laisse les chevaux dans une clairière. Après la pause clop,  on marche une heure dans la brousse, sans se laisser distancer par les deux frères qui marchent comme sur un chemin dans les branches et les rocs, jusqu’à la rivière.

Nous voilà à pied d’œuvre pour la pêche à l’écrevisse, appelée ici, «chevrette». Le jeu consiste à les repérer et à les éblouir avec notre puissante torche pour les piquer à l’aide d’une sorte de trident. Rassurez-vous, avec nous les «popas», elles gardent toutes leurs chances, mais Honoré remplit sa besace à une cadence stupéfiante. Quel est ton secret ? « Je fais ça depuis que je sais marcher, pour aider la famille qui était pauvre, on vendait au restaurant» (chez Yvonne, à Hatiheu, excellente adresse, ndla).

On remonte la rivière en sautant de blocs en blocs, marchant dans l’eau, escaladant les troncs d’arbres rampants ou morts. Bientôt, il n’y aura pas que les arbres qui seront morts car la plaisanterie se prolonge jusqu’à 2h du matin…

Ca fait déjà une heure que ma torche a rendu l’âme, je prends un peu d’avance sur le chemin du retour et soudain, je vois deux yeux blancs qui me fixent, là en pleine forêt. Ca ne bouge pas, je flippe un peu mais je m’avance tout de même. Je distingue finalement un des chiens partis chasser avec le frangin d’Honoré pendant que nous pêchions. Il attendait là à côté de son maître endormi sur un rocher.

Pause cigarette, ils fument moitié tabac, moitié herbe, comme tout le monde ici (l’herbe pousse facilement dans le jardin et il faut acheter le tabac). Les frères continuent, mais je suis cuit. Je vais me coucher sur un rocher. «Pas sous un cocotier» conseille Honoré. Je m’endors comme une pierre sur cette pierre que je trouve super-confortable.

Ils reviennent deux heures plus tard, le sac rempli de chevrettes. Nous crapahutons à nouveau une heure pour retrouver les chevaux. Une varappe à flanc de coteau sans chemin, il faut suivre un tuyau qu’ils ont certainement du balancer par hélico. Ce n’est pas possible autrement, tellement la brousse est dense.

Encore une pause cigarette, il est cinq heures, on re-selle les chevaux dans la nuit et on revient gentiment vers le village. On est bien, le corps flotte. Le jour se lève quand nous arrivons à la maison. Je bois quelques gorgées de rhum et rentre au bateau, harassé de fatigue mais heureux.

Ce midi, chacun mange son kilo de chevrettes. Certainement les meilleures du monde mais foutre, ça se mérite !

   
   

 

André - Juin 2009 (andrerihouay1@hotmail.fr)

   
   

Nage avec les raies

D’abord on distingue deux ailerons distants de 4 mètres et qui avancent de conserve. Puis apparaît du noir au milieu. Une raie Manta à 20 mètres du bateau, dans la baie d’Haname Noe à Tahuata !

Le temps d’enfiler masque et palmes, je nage vers elle sans trop de bruit. J’approche doucement, me fige. C’est elle qui vient ! Une énorme aile noire dessus et blanche dessous, vole lentement et majestueusement vers moi. Sa bouche est béante. Je pourrais y disparaître d’un seul coup !

Je dois me concentrer pour me rappeler qu’elle ne mange que du plancton. « Moi pas plancton, moi pas plancton !». Elle me frôle, passe à un mètre de moi, je frissonne, mes poils se hérissent d’émotion. Magie …
 
Elle part, puis revient et fait des loopings à la surface devant moi. Une fois, deux fois … dix fois, exhibant ses dessous blancs rayés. Parade amoureuse ? Je reste médusé, peut-être un peu amoureux, moi aussi. Je ne pourrai pas la suivre dans les profondeurs. Ça plonge profond, une raie.

Je m’en suis remis, car ses copines sont venues me voir tous les jours. On finissait par les connaître et les appeler par leurs prénoms : « Raiegine», « Xraie», « Raiedibitoire», « Raieduc», etc…

   
   

André - Juin 2009 (andrerihouay1@hotmail.fr)

   
   

Le coup de la baleine

Vers 10h00, Richard est sur le pont. Il voit des gerbes d’eau sur bâbord avant, étalées sur 300 ou 400m. Ca saute, ça fait des bonds, un énorme banc de thons caracole à ½ mille de nous. Je me déroute pour passer au milieu.

Dix jours que nous n’avons rien pêché, mais ils semblent nous fuir et je laisse tomber. Nous reprenons notre cap S-O. C’est la pétole, nous sommes au moteur. Une heure plus tard, le vent se lève et nous sortons le spi pour avancer gentiment à 5 nœuds.

Vers 11h30, on commence juste à penser au pastis, quand je vois à nouveau des gerbes d’écume à 1 mille de nous. Je me dis : "encore des thons". Mais cette fois ça souffle, ça ne saute pas.

Je prends les jumelles. Des baleines, aucun doute, énormes. Elles se rapprochent. Un troupeau de baleines, peut-être une centaine par groupes de vingt ou trente, qui nagent à pleine vitesse en formation serrée. Elles passent à cent mètres de nous. Fascinés, nous les regardons nager à plus de 10 nœuds sur bâbord, c’est hallucinant, incroyable, jamais vu auparavant. Elles passent, elles foncent, vers où ? Pourquoi ? Pour qui ?

Soudain Jean-Claude hurle : « Une baleine devant ! ». A cinquante mètres une énorme bête fonce droit sur nous. Un instant de flottement à bord, tant pis c’est trop tard pour réagir, elle va bien nous éviter. Oui sûrement, elle va se dérouter, ou plonger, c’est sûr… 1 seconde, 2 secondes, je débranche le pilote et je tourne la barre à droite toute. Nous avons un peu de vitesse, mais la bête est à une longueur.

« Atsani » tourne lentement, Richard me demande de border l’écoute, je me penche sur le winch, la bête est là qui longe. Elle est sur nous, le monstre gris-noir déboule tel un sous-marin en surface, droit sur sa trajectoire sans dévier d’un pouce.

Quinze mètres de long sur deux de large, le cétacé est aussi long que le bateau. Elle fonce toujours à 10 nœuds et ne nous voit pas, nous ignore. Que peut-elle craindre ici. Elle passe à frôler l’arrière… On serre les fesses, c’est notre seul champ d’action !

Peut-être que trente tonnes à cette vitesse aurait arraché le safran, l’hélice, l’arrière du bateau et quoi encore ? Le naufrage ? La mort ? Nous sommes choqués, abasourdis. L’énorme dos du monstre s’éloigne imperturbable. Toute l’aventure a duré 15 secondes.

Il faudra bien deux pastis pour nous en remettre. Un bouquin du bord nous dit que c’est bien une zone à baleines et que des attaques ont été signalées. Je suis persuadé qu’elle ne nous a tout simplement pas vus. Elle avait branché son régulateur d’allure. Somnolente ou bigleuse peut-être, en tous cas énorme, impassible, certaine que rien n’oserait se mettre en travers de son chemin.

   
   

André - Juin 2009 (andrerihouay1@hotmail.fr)

   
   

Pirates dans le Golfe d'Aden

Le Golf d'Aden, c'est le royaume des pirates. Les journaux racontent souvent leurs exploits dont les cargos sont les grandes victimes. Quelques voiliers ont été capturés aussi…

 

   
   

 

Aborder cette portion d'un voyage autour du monde demande un peu de témérité, ou d'inconscience diront certains. Les avis, les informations, s'opposent. Un jour on apprend ceci, contredit le lendemain par d'autres avis. Et tout ce qui est officiel nous dit clairement : « Vous n'avez rien à faire ici ! Mettez votre bateau sur une barge pour le faire transporter ou bien passer par le Cap de Bonne Espérance ! ». La barge de transport est hors de prix et le Cap pour moi, c'est non, absolument non .

Aussi il faut braver les avis officiels et courir le risque… Une force internationale a été mise en place pour tenter de protéger les bateaux dans un « corridor » qu'ils surveillent.

Nous avons rencontré un personnage chargé par le Haut Commandement de la Marine des affaires de piratage, à l'Oasis, haut lieu du tout Salalah expatrié car c'est le seul lieu où l'on peut boire de l'alcool. Le nombre de canettes de bière absorbées ce soir-là était impressionnant, les équipages des bateaux de la « force d'intervention » en repos à Salalah étant très nombreux.

Cet homme nous dit : « Il n'y a aucun accord entre la force d'intervention internationale et le Yémen ; s'il vous arrive quelque chose le long de la côte, nous ne pourrons pas intervenir… Faire un arrêt à Mukkhala ? c'est un nid de pirates ! Non ! rien n'est calmé, c'est encore très chaud. Nous arrêtons quelques pirates mais il est parfois difficile de faire la différence entre pirates et pêcheurs, un jour ils sont pirates, le lendemain pêcheurs ! Les attaques ont lieu quand il fait beau et de jour, sauf les belles nuits de pleine lune».

Hé bien… le temps est très calme et nous sommes en plein … pleine lune ! Intelligent, non ? « Inch Allah ». C'est fou comme on devient fataliste, dans certaines circonstances. En tous cas nous ne nous laissons pas envahir par la psychose des pirates … « Inch Allah » !

« Ils sont débiles » diront certains. En fait, nous sommes confiants. Aucun avis d'attaque sur des voiliers n'a secoué le petit monde des navigateurs depuis le mois de septembre dernier. Aucun avis alors qu'une centaine de voiliers est passée par là. Certains, en « rallye », ont utilisé le corridor mis en place pour les tankers et les « gros », les autres ont suivi la côte et pas le plus petit incident, surtout pour ces derniers. Les pirates sont plus intéressés par les gros qui sont une valeur marchande bien supérieure à nous avec des risques identiques. Aussi, naïvement, nous sommes assez confiants.

SAMEDI 14 MARS 2008

8 heures du matin - Nous quittons Mukkhala. Tous seuls.

9 heures du matin - La VHF grésille : nous assistons en direct à une attaque de pirates, par radio interposée :

« Diamond Falcon, Diamond Falcon ! mayday, mayday… we are attacked by pirates, we are attacked by pirates… coalition war ships, coalition war ships, mayday mayday !! » Cette voix est angoissée, affolée.

Une autre voix calme lui répond : «  Donnez votre position, donnez votre position. Continuez votre route, moteur au maximum. Donnez votre position. Un hélicoptère décolle et sera sur zone dans 20 minutes… ». Le commandant du Diamond Falcon continue à lancer ses appels désespérés, la force de coalition essaie de le calmer et reste en contact.

«Ils tirent, ils tirent…»

«Nous arrivons, continuez votre route moteur à fond»

Ouf, l'hélicoptère arrive, on entend le bruit saccadé de ses pales et puis les pirates se sauvent ! Noyés dans d'autres bateaux soi-disant pêcheurs ! Le cargo est sauvé mais les pirates courent encore ! Bredouille pour cette fois-ci. J'ai enregistré sur le caméscope puis sur un magnétophone, toute la séquence, jusqu'aux remerciements du commandant qui béni la force de coalition, les remercie pour leurs enfants, pour leurs femmes, pour leurs vies sauvées : «  Qu'Allah soit avec vous  ». Et tout ça à 30 milles nautiques de nous…

Nous nous regardons et toute honte bue, nous mettons le moteur et les voiles ensemble et fonçons à 9 nœuds sur une mer si calme, si bleue, si belle que les pirates semblent imaginaires !

Vite, sortir de cette zone le plus vite possible. Aden est à 240 miles, à peine deux jours pour l'atteindre. L'appel angoissé du commandant du Diamond Falcon rebondit comme une boule de flipper à l'intérieur de nos crânes.

14 heures de l'après-midi - La brise thermique s'est levée La conjonction du vent sur les voiles et du moteur donne des ailes à Blue Marine qui fonce vers Aden. C'est la première fois que nous faisons du « voile et moteur » mais la priorité est de sortir le plus vite possible de la zone la plus dangereuse. A ce rythme nous en sortirons dans la soirée et nous pourrons lever le pied et laisser la brise faire son travail sur les voiles.

La VHF maintient la tension : les appels des cargos pour la force de coalition ne cessent pas, dès qu'un « petit » bateau est en vue, c'est la panique et l'appel au secours. Les navires et les hélicoptères patrouillent, mais c'est un jeu de chat et de souris où la souris gagne souvent.

 

   
   

 

Marie-Christine et Yves sur Blue Marine – Mai 2009 ( mcymabm@gmail.com)

 

   
   

Escale en Ubuyane (dans un pays presque imaginaire …)

Après quelques jours de remontée au bon plein le long de la côte du Brésil, André et ses équipières décident de faire quelques jours d’escale en Ubuyane. C’est un jour de chance, le ciel est bleu et le courant porte en direction de la rivière où se niche le ponton accueillant auquel il compte amarrer son navire.

Pas de places libres le long du petit quai, mais comme il est d’usage de se mettre à couple pour permettre aux bateaux de passage de passer quelques nuits. Le voilier se pose délicatement à côté d’un lourd sloop qui ne bouge jamais comme l’indique l’épaisseur des moules qui croissent sous sa coque.

Les premières heures de repos sont vite dérangées par le propriétaire du bateau « ventouse » qui, prévenu par le téléphone arabe, vient vitupérer sur l’interdiction de se mettre à couple de son bord. Il va prévenir le chef de port et menace de couper les amarres. Sur le manque de réactions courtois d’André, le râleur s’éclipse. La soirée est agréable et toujours sans pluie. Exceptionnel.

Ne voulant pas être en faute et désireux de faire ses papiers d’entrée dans le pays, André s’en va le lendemain à la chambre de commerce locale, responsable du ponton. On lui explique que plus personne ne gère le ponton, car il a été construit pour les plaisanciers de passage, mais les pêcheurs locaux y ont installé leurs barques et personne n’ose leur demander de partir. Le solde des places libres étant depuis bien longtemps occupés par des bateaux abandonnés ou orphelins… S’il le souhaite, il peut payer une petite redevance pour l’eau et l’électricité s’il arrive à s’y brancher. Il n’y a aucune interdiction de se mettre à couple, il n’a qu’à s’arranger avec les autres bateaux.

Fort de cette largesse d’esprit, André s’en va à la Capitainerie pour déclarer son arrivée dans la zone. Il lui est répondu dans le premier bureau qu’ils ne savent pas ce qui leur est demandé, mais « Allez voir à l’étage du dessus ». A l’étage du dessus, la secrétaire répond « Ce n’est pas ici » sans avoir écouté la question d’André ! Finalement il trouve un employé du port qui sait de quoi on parle, mais il ne possède plus de formulaire pour l’accueil des voiliers.

Dépité, André s’en retourne sur son bateau. Sur le ponton, il croise les douaniers qui sont venus faire un petit tour. André demande s’ils veulent procéder à une visite qui mettrait son bateau en règle.

  • (le douanier) Une visite ? Pourquoi faire ? Non, mettez votre pavillon jaune (Q) pour demander la libre pratique et allez à la Capitainerie pour remplir le formulaire
  • (André) Ils n’ont plus de formulaire, paraît-il
  • (le douanier) Sans formulaire, on ne peut pas faire de visite
  • (André) Je suis allé à la Capitainerie et il m’a été répondu qu’ils ne disposaient actuellement plus de formulaires
  • (un autre douanier parlant au premier) Laisse tomber Marcel, ce qu’il dit est exact
  • (le douanier) Oui, je sais. En Ubuyane, ils n’ont jamais les papiers
  • (André) Vous êtes ubuyanais pourtant
  • (le douanier) Non Monsieur, nous sommes de la Réunion
  • (André) Bon, mais comme vous êtes là, vous pouvez monter à bord directement pour finaliser les documents comme cela je ne dois pas mettre mon pavillon jaune et cela vous évitera de revenir
  • (le douanier dépité) On ne reviendra pas, mettez seulement votre pavillon jaune

 L’entrée dans certains pays est finalement bien plus facile que dans d’autres. Comme toutes les formalités sont faites, André téléphone à un loueur de voiture pour réserver un véhicule.

  • (André) Je voudrais louer une voiture
  • (le loueur) C’est bien possible, mais pas maintenant
  • (André) Ah, vous n’avez pas de voiture actuellement
  • (le loueur) Si, si, nous en avons
  • (André) Alors pourquoi ne puis-je pas en disposer d’une ?
  • (le loueur) Ben … toutes les clés des autos sont dans le coffre-fort et on ne retrouve pas la clé. Le serrurier est en train de le forcer. Pourriez-vous retéléphoner dans une bonne heure ?

Moralité : les péripéties administratives sont parfois délicieuses, elles sont souvent à l’image du pays qui les couvent. N’hésitez pas à faire escale en Ubuyane et détendez-vous.

Trinidad – Mai 2009

   
   

Au Galápagos, c’est peinardos

Impressionnante avec ses six mètres de long, son gros évent et ses gros yeux qui nous regardent d’un air gourmand, la baleine est restée collée à la coque pendant un bon quart d'heure. Elle nous a montré son ventre blanc et s'en est allée dans l'immensité du Pacifique en nous laissant tout ébaubis.

Une petite nuit aux Perlas, on resterait bien mais il y a exceptionnellement du vent et on veut en profiter. Alors roule, poussés par vent et courant portant pendant six jours. Un jour de plus au moteur et nous voilà arrivés à San Cristobal de Galápagos, accueillis par les otaries qui sont les reines du mouillage.

Hop ! Un bon coup de rein en s'aidant des nageoires avant et arrière, l'otarie se hisse et se répand sur la jupe d'Atsani, puis attaque une petite sieste, leur principale activité. Il y en a des dizaines, sur les bateaux, dans les annexes, sur le quai. La bonne cinquantaine qui jonche la plage du village, dégage une odeur qui fouette grave.

Et ça joue, ça gueule en bêlant, beuglant, bréant, mi-chèvre mi-porc, ça renifle, tousse, crache, passe la tête par les hublots, mate tout ce qui se passe. Sur la plage, tu peux les toucher, même pas peur. C'est plutôt toi qui cours si un gros mâle de 150 kg te fait signe de dégager.

Vraiment des grosses déconneuses ces otaries, cela ne m'étonne pas qu'elles aient des dispositions pour le cirque. Mais Galápagos, ça veut aussi dire tortues de terre géantes : 100 kg et jusqu'a 180 ans. Il en reste 3.000 sur les 150.000 qui vivaient avant que les équipages des bateaux de passage ne les capturent comme réserve de viande. Ces pauvres bêtes peuvent rester un an sans boire ni manger, pratique pour un bateau.

Autres animaux à découvrir, les fous à pieds bleus et les requins marteaux avec lesquels nous essaierons de nager en partant dimanche sur les Marquises ....
Là où le temps s'immobilise ...
En attendant, ici aux Galápagos

Il s'écoule peinardos

André (andrerihouay1@hotmail.fr)

   
   

Lucien aimait tant son bateau

Depuis plusieurs mois, Yann est à la recherche de son futur voilier. Il vient de vendre son dériveur avec lequel il a tant régaté et passe à la catégorie supérieure : la croisière. Il veut voyager en famille et loger à bord.

Ses pérégrinations l'amènent à repérer un bateau de 36 pieds de fabrication scandinave. Il est à vendre depuis peu. Son précédent propriétaire est décédé depuis deux ans. Ni l'épouse, ni les enfants ne souhaitent continuer à naviguer sur ce voilier. Plus le temps de l'entretenir, pour naviguer. L'affaire est conclue et le bateau est vidé par les vendeurs qui amènent l'embarcation à destination dans la marina de Yann. Achat avec livraison comprise. Impeccable.

Une fois les civilités terminées, Yann reste seul à bord et pénètre dans le carré. Il s'assied pour goûter à cette immense jouissance qu'est l'acquisition d'un nouveau bateau. Ses yeux se portent partout autour de lui, il s'imprègne du décor, hume les effluves, il en prend possession par touches successives de ses sens.

Ce moment de jubilation cérébrale consommé, il se lève pour inspecter quelques coffres et équipets. Il ouvre une armoire tout est vide. «  Tiens, il y a un trou dans le plancher  ». Il ouvre; le bateau ne doit pas avoir de secret pour lui.

Il trouve un sac plastique roulé en boule. Une cochonnerie oubliée. Il la jette sur la table du carré. La visite continue et il tombe dans le quart d'heure qui suit sur une paire de bottes écaillées cachée derrière un tuyau au fond d'un coffre.

Bizarre, l'une d'elle semble bien lourde. Il y glisse la main et en ressort un autre plastique duquel il déballe une montre Rolex ! La surprise n'est pas bien grande. Un des fils lui avait dit avoir amené cette montre un jour à bord, mais il ne l'avait jamais retrouvée. «Bien, en voilà un autre qui sera content», se dit Yann.

Son premier tour d'inspection propriétaire terminé, Yann revient s'asseoir sur la banquette du carré. Ses yeux tombent sur le premier sac plastique mollement affalé sur la table. Avant de le jeter, il a la curiosité de l'ouvrir pour voir ce qu'il contient. Il trouve un second sac plastique noir et un morceau de papier. Qu'auriez-vous fait à sa place ? Comme vous, il retire le morceau de papier et le déplie.

Sa lecture est consternante et il doit le relire plusieurs fois pour être certain d'avoir bien compris. C'est un mot écrit de la main de la veuve du feu propriétaire du bateau : «  Cher Monsieur, vous trouverez dans le sachet noir, les cendres de Lucien, mon défunt mari qui adorait son voilier. Si vous avez un grand cœur, vous comprendrez que je souhaite qu'il continue à naviguer sur ce qui a été son bateau. Merci d'essayer de comprendre ma démarche  ».

Sûr que Yann a bien un grand cœur ! Mais la lecture de ce billet le laisse perplexe et tout ému. La démarche est délicate. Imaginez naviguer avec un fantôme à bord en permanence. Comme tout marin, vous y réfléchiriez à deux fois !

Après concertation familiale, le souhait est accepté. Yann fabrique un petit coffret de bois dans lequel il aplatit le sachet noir et le stratifie à la coque dans une cale. Sur le bourrelet de polyester, il visse une plaque commémorative reprenant le nom du défunt et la date de son décès.

Pendant plus de 10 ans, Yann et sa famille navigueront avec ce passager peu encombrant et très discret. Jusqu'au jour où l'envie d'un bateau plus grand, poussera Yann à le mettre en vente. Un acquéreur suisse se présente et l'affaire est conclue.

Mais qu'advient-il ensuite de la sépulture de Lucien ? Je presse mon interlocuteur pour connaître la suite de cette étonnante histoire. Yann continue : «  Tout va bien, le suisse a fait comme nous. Il a réfléchi quelques jours et a accepté de le garder à bord. L'esprit de Lucien navigue toujours à bord de son bateau !  »

Chers amis lecteurs, si vous croisez en Méditerranée un voilier entouré d'une aura bleu azur, examinez sa taille. S'il fait 36 pieds, ayez une pensée émue pour Lucien qui aimait tant son bateau.

 

   
   
   

Le gars Rifuna

“- HEY MAN ! MY FRIEND !”

Déjà, j'aurais du me méfier du look du gars qui m'aborde, black, tee-shirt mité, barbe mitée, … Normalement, le clignotant rouge s'allume. Le gars m 'appelle «  MY FRIEND”. Normalement là, la sirène d 'alarme retentit.

Mais allez savoir pourquoi un voyageur averti comme moi qui en vaut bien deux, va y causer au gars ? A celui-ci qui a tout du petit arnaqueur de rue ! Et vas y que je lui fais des sourires et vas y qu'on est tous frères pas vrai !

« - Et toi t'es qui, mon frère ? « 

„- Garifuna Man , Garifuna , Donno Garifuna ?“

Stop info : quand les héritiers de Colomb : les colons, en ont eu marre de massacrer les indiens Caribes et les noirs marrons, ils les ont déportés sur les bases de pirates des îles de la baie au Honduras et sur les côtes aux alentours, comme ici à Livingstone, Guatemala.

Ce joyeux mélange indien-noir-pirate a donné : le « Garifuna », langue créole où traînent encore quelques mots de français. Il traîne aussi sa démarche nonchalante le long des rues à la recherche du blanc pigeon ou d'une quelconque combine à deux dollars. Mais il y a surtout sa musique Man, sa musique !

Et justement, mon gars se dit musicien. Même qu'il serait venu en France à Carcassonne pour un festival ! (baratin classique de l'arnaqueur : « Vous êtes français ? je connais, j'ai été là-bas, je connais un français qui, … etc ».

“- I play music Man, I play music “

“- Ah bon ! Comme c'est passionnant ! Mais c'est que je veux absolument un disque de vous mon ami ! »

“- Ain't got no disc Man, no disc”

“- Que ne m'en gravez vous point un ! J'en serai si ravi ! »

«- Ain't got no money Man, no money, give me 6 dollars and I go look for a disc Man”

“- Mais bien sûr, mon ami. Tenez ! Ah, je n'ai pas de monnaie. Qu'importe, prenez mon billet de 10 $, vous me rendrez la monnaie, n 'est ce pas ? Nous sommes entre gentleman ! »

Et pourquoi ne pourrait-on pas de temps en temps, arrêter de se méfier de tout le monde, faire confiance aux gens qu'on ne connaît pas, baisser un peu sa garde. Se dire qu 'il y a sûrement quelque part, des gens et des pays qui valent le coup !

Je ne sais pas si cela vous arrive, mais moi ça me prend parfois et ça me donne comme un vertige. Ce serait tellement plus simple. Mais la vie c'est pas ça. Le gars est parti et je ne l'ai pas revu.

Et moi : cool ? Pas du tout ! Comment peux-tu être aussi con. Garifunas de mierda, tous de la racaille ! Pourquoi ne les a-t-on pas tous tués, je vais finir le travail …

Quinze jours plus tard, nous repassons à Livingstone et fatalité, je retombe sur mon gars. Depuis notre rencontre, j 'avais d'abord élaboré tout un tas de supplices pour lui, puis le calme est venu et je l'ai abordé sans haine.

« - Et mon disque ? » L'interpelle-je. «Enfoiré », j'ajoute tout bas.

« - Your disc Man ? Je l 'ai donné à un gringo avec qui tu causais et qui devait te le donner avec ta monnaie ! Man je le jure, je ne suis pas un menteur ! »

« - Mais bien sûr ! Allez dégage ! Tant pis, je ne connaîtrai jamais ta musique ! »

Une heure après, il me tend un disque : « I'm not a lyer, Man »

Je lui tape sur l'épaule et lui dit : « Je ne sais pas pourquoi mais je savais qu 'on pouvait te faire confiance »

Je suis un enfoiré, me dis je, on dirait un homme politique.

La musique m'a paru encore meilleure ce soir là.

Il est bon le garifuna, il est bon !

André (andrerihouay1@hotmail.fr)

 

   
   
   

Croisière aux Niriques

Bali, une destination de rêve, Bali, une île enchanteresse. Votre île n’est pas si loin. Vous venez de passez Panama et vous vous élancez en compagnie de votre équipage et de votre bon coursier des mers vers les îles du Pacifique, vers une de ces perles mélanésiennes. Le Graal du navigateur, le fantasme du plaisancier.

   
   

Vous avez pris une route un peu nord, dictée par le souffle d’un vent léger. L’eau est turquoise et cristalline. Le soleil descend sur l’eau comme tous les soirs. La chaleur s’estompe, on pourrait presque croire que la soirée est fraîche quand le soleil ne darde plus ses rayons profondément dans l’eau.

Le rythme des quarts commence mollement. Ici pas de trafic et pas de terres îliennes. Le repas du soir a été frugal. Les fruits sont bientôt tous consommés, alors le Chef essaye de les faire un peu durer, tout comme les légumes. La femme de quart somnole, le skipper et les autres dorment profondément.

Minuit. Le skipper monte sur le pont, c’est son heure. La femme de quart s’est endormie. Il la réveille gentiment sans la gourmander. Pourquoi faire ? L’Océan est vide, la brise est douce et incite plus à la caresse qu’au sermon.

Tout en se calant dans l’angle de la banquette du cockpit, le skipper sent son voilier peiner à l’avance. Il observe l’horizon arrière puis ramène lentement son regard vers l’avant. La mer est libre, le ciel est clair et sans lune. Le dôme céleste est parsemé de milliers de punaises scintillantes qui ont vite fait de l’aspirer dans un tourbillon rêvasseur.

L’eau chuinte bizarrement sur la coque. Descendant brutalement de sa planète, le skipper se lève pour examiner le défilement liquide contre la coque. Il n’a pas le temps de franchir le pas qui sépare le cockpit du balcon arrière que le bateau freine brutalement mais sans choc. Les voiles claquent un coup sec, puis restent remplies bêtement, sans plus faire bouger le bateau.

A l’intérieur tout le monde dort. Personne ne s’est rendu compte de l’arrêt mou. Le skipper enjambe l’hiloire et se dirige vers l’avant. L’obscurité ne lui permet pas de discerner ce qu’il y a devant le bateau. Il y a bien quelque chose car le reflet n’est pas lisse. D’un pas rapide, il se rend à nouveau dans le cockpit pour y prendre la lampe torche. Il éclaire le pont pour revenir vers l’avant et dirige le pinceau lumineux au-delà du balcon, mais qu’est-ce donc que celà ?

Le Chef s’est maintenant réveillé. Comme toutes les nuits, il est pris d’une miction pressante qu’il aime à satisfaire par-dessus bord, malgré les ronchonnements du skipper. D’ailleurs, qu’est-ce qui lui prend à ce skipper de faire tout ce tapage sur le pont ? Holà, skipper ! Que fais-tu là devant ?

- Viens voir ce que je vois !  Les deux hommes se rejoignent et plongent un regard médusé sur le spectacle aquatique. Le bateau s’est immobilisé, on pourrait dire qu’il a accosté sur une île. Pas une île habituelle telle que les hommes la connaissent, faite de sable ou de corail.

   
   

Celle-ci est une île artificielle, créée par l’homme. Pratiquement tout ce qui la compose est fabriqué de sa main ou de machines qu’il a produites avec son intelligence. On pourrait presque dire qu’elle est réalisée sur base d’un inventaire à la Prévert, si ce n’est que c’est tout sauf un pré vert.

Aussi loin que porte le faisceau de la lampe, ce n’est que détritus de plastique, de cordages, de bidons, entrecoupés de quelques déchets végétaux : un tronc râpé, des copeaux fanés. On aperçoit même des tongs bleues et grises. Peut-être blanches avant d’être mazoutés.

Avec un tel crassier, exclu de dégager au moteur de nuit, râle le skipper. Après avoir enroulé les voiles, tout le monde s’en retourne dormir. Au moins, la mer est quasiment plate avec ce tas de détritus. Six heures du matin, le soleil monte rapidement sur l’est. L’équipage est sur le pont et ne quitte pas l’horizon des yeux. Devant, à perte de vue ce n’est qu’un tapis d’immondices à fleur d’eau. Les crasses se sont refermées derrière le bateau. L’eau libre est maintenant à plus de 100 m.

Prenant son courage à deux mains, le skipper enfile sa combi de plongée, une 3 mm shorty qui le protégera tout de même un peu des amas visqueux qu’il a aperçus près de la coque. L’origine est inconnue, mais ces masses gélatineuses font penser à un agglomérat de méduses. Beurk !

C’est rigolo ! Le skipper ne coule pas, l’eau est tellement chargée de déchets plastiques qu’il a peine à s’immerger. Il disparaît enfin quelques secondes sous la voûte de la jupe arrière. Sa tête réapparaît, il déplace son masque sur le front et l’air soucieux, il déclare que tout l’environnement marin est identique à la surface. Ce ne sont que des déchets de toutes origines. Une décharge flottante.

- Sale affaire, se contente-il de dire en remontant l’échelle. Le mot est humoristique. Pas sûr que ce soit fait exprès pense le Chef, qui se garde de dédramatiser la situation. Avant d’ôter sa combi, le skipper expédie de quelques chiquenaudes du doigt, une collection de puces de mer qui tentent de sucer le néoprène.

- Il faut essayer de se dégager au moteur très doucement, dit le skipper. L’équipage commente ironiquement la proposition. – On va encrasser le filtre et le moteur à tous les coups, dit l’une – Y-a plus de tessons de plastique que d’eau, dit l’autre. - Ouais, mais il n’y a plus de vent et il faut déguerpir de ce tas de saloperies, rétorque le skipper.
                                                                                     
Ce qui fût dit, fût tenté. Ce qui fût rétorqué, fût arrivé. - Pas fufut, le skipper, grommela le Chef. Ce sont les fûts vides qui font le plus de bruit, ricana l’équipière. Non content d’avoir encrassé le moteur, le skipper se rendit compte qu’il avait laissé le coupleur de batteries sur « commun » et que tout le parc batteries commençait à s’évanouir sous les démarrages intempestifs.

La journée passa vite malgré la chaleur. L’équipage avait étendu un taud au-dessus du cockpit. Au moins, le soleil ne brûlait pas à défaut d’avoir le moindre courant d’air pour rafraîchir. Après 48 heures de tentatives diverses et sans arrivée de vent pour tenter de se dégager, le skipper décida de demander des secours. Il lança un appel de détresse à la VHF. Appel qu’ils relancèrent toute la journée jusqu’à ce que les batteries aient délivré tous leurs bons et loyaux ampères.

Seuls sur une marmite d’ordures, le bateau et son équipage étaient prisonniers de la mer. Il fallut commencer à rationner. Les calculs ne furent pas compliqués. Plus de produits frais, un stock de conserves et d’eau douce pour 15 jours.

Après dix jours, on crut que l’équipière était devenue folle, elle racontait des histoires insensées mêlant ripailles et historiettes. Mais ce fut le Chef qui partit le premier. Simplement à pied pour aller manger au restaurant, puisqu’on le servait si mal à bord, a-t-il dit. Il descendit dans la jupe et continua tout droit. Curieusement, il arriva à faire plusieurs pas dans la fange plastifiée. Il s’arrêta lorsque ses genoux eurent disparu. Il essaya de se retourner pour regarder le bateau, le regard étonné et courroucé à la fois. Il tomba sur le dos et disparut assez rapidement sans un mot. Son trou dans les ordures se referma. Sur la bouteille de Coke en plastique qui roula en surface, on pouvait lire « Buvez Coca-Cola bien frais ».

L’équipière suivit deux jours plus tard dans une crise de démence, laissant seul le skipper à la barre inutile de son navire, devenu désormais une île dans un océan de margouillis. De temps en temps, un oiseau marin se posait à bord, heureux de trouver enfin un espace propret pour déféquer.

Comme il était seul pour les vivres restants, le skipper succomba bien plus tard. Sur la carte nautique il traça la dérive du voilier en allumant tous les jours son GPS portable. Il s’écroula avec son crayon sur le plancher du carré après avoir pointé une dernière croix. Celle de son calvaire. S’il mourrait ici, c’était bien à cause de la négligence et de l’ignorance des hommes. Faudra-t-il encore des siècles pour qu’ils comprennent ?

   
   

Ridicule cette histoire, non ? Mais mon propos est de vous amener par un chemin que vous croyez onirique vers une réalité qui ne l’est pas du tout. Entre Hawaï et la côte ouest des USA, se trouve un lent mais gigantesque courant circulaire. Ce « tourbillon » piège depuis les années 1950 des saloperies jetées depuis les côtes des USA, du NE asiatique et des îles du Pacifique.

 

   
   

Ces immondices forment actuellement une île flottante épaisse de 30 mètres par endroits. La surface de cette île est deux fois celle de la France …

On l’appelle la GPGP (Great Pacific Garbage Patch; traduction fr = Grande Poubelle du Grand Pacifique). A 80% constituée de déchets plastiques, elle se trouve dans une zone non fréquentée par les cargos et les voiliers. Les seuls qui en profitent sont les oiseaux de mers qui meurent après avoir ingéré des déchets de plastiques et les tortues pour les mêmes raisons. Les poissons ont disparu de cette région. Personne ne se soucie de cette île flottante puisqu’elle est dans les eaux internationales.

   
   
   

Bali, décembre 2007, on y a fait un peu avancer la conscience du monde. Les éminences qui nous gouvernent ont décidé de se donner encore deux années de réflexion pour chiffrer la pollution qu’ils estiment raisonnable.

La fin de l’année est traditionnellement une période propice aux bonnes dispositions. En tant que marins, prenons simplement la résolution de laisser un sillage propre. Ne jetons plus rien par-dessus bord qui ne soit rapidement biodégradable. Faisons-le pour l’Océan que nous devons respecter.

Propre Année 2008 à tous !

L’équipage de Caramel

PS : pour vous documenter un peu plus, je vous invite à regarder un petit film américain sur une expédition vers la GPGP :https://www.youtube.com/watch?v=Co43TXJXryI

   
   

 

La nuit ne porte pas toujours conseil …

3 décembre 2007 - 17 heures. Frissons d'excitation, nous quittons Trinidad.

 

   
   

 

20 heures. « Je t'assure que ce bateau nous suit, il ralentit quand nous ralentissons, et il accélère en même temps que nous ». Il fait nuit et nous naviguons depuis quelques heures en direction des Petites Antilles.

Nous ne sommes à proximité du golfe de Paria et les multiples histoires de piratage entendues ces dernières semaines nous rendent sans doutes un peu imaginatifs. La nuit, lorsque seuls les feux des bateaux sont visibles, la vitesse, la distance et la taille des autres bateaux sont très difficiles à évaluer.

L'inquiétude me gagne petit à petit, insidieusement : c'est vrai qu'il a l'air de nous suivre. Une demi-heure un peu tendue : nous accélérons, nous décélérons (il n'y a pas de vent et nous avançons au moteur). Ce bateau est toujours sur nos traces, à une distance qui nous paraît se réduire petit à petit.

Le ti'punch que nous savourions sous les étoiles pour fêter notre départ est oublié dans un coin. Et puis soudain, notre poursuivant modifie sa route ; nous le voyons alors sous un autre angle, des feux invisibles jusque là, apparaissent. Sa silhouette se dessine : c'est un super tanker !

Sa route est sans doute convergente avec la nôtre alors qu'il se dirige vers les plateformes off-shore de Trinidad, et il cherchait à savoir s'il passait devant ou derrière nous. Peut-être a-t-il même essayé de nous joindre sur la VHF (la radio), mais nous ne sommes pas en veille. Nos sautes de vitesse, qu'il a sûrement perçues sur son radar ont du beaucoup le dérouter… C'est bon, nous pouvons retourner à notre apéro !

Un peu plus tard dans la nuit, alors que je suis de quart, seule sur le pont, nouvelle rencontre rapprochée. Un navire vient en face de Tuamitoo ; jusque là rien d'inquiétant, ses feux avant sont bien visibles, nos routes sont parallèles. Je le suis sur le radar, et je trouve tout de même que nous sommes bien proches ; j'ai même le sentiment que nous convergeons petit à petit.

 

   
   

 

Je me jette sur le gros projecteur, et j'éclaire nos voiles, ce qui est censé me rendre prioritaire. Lui me fait également des signaux avec une lampe puissante. Intimidation me dis-je, ce ne serait pas la première fois qu'un cargo ou un chalutier essaie de passer en force.

Je suis inquiète, mais je ne modifie pas ma route, sûre de mon bon droit maritime ! Nous finissons par nous croiser, à une toute petite distance l'un de l'autre. Je respire. Et puis soudain, mon sang ne fait qu'un tour : devant moi, très légèrement sur tribord, une masse noire se détache, sans lumière, comme un îlot.

Je descend en trombe pour consulter la carte : nous sommes sur la bonne route, et aucun rocher traître et isolé n'est indiqué (en général, un tel danger sur une route est identifié avant de partir). Soudain, je réalise que mon îlot fantôme se déplace à la vitesse du bateau que je viens de croiser, mais plusieurs centaines de mètres en arrière. C'est une plateforme en remorque ! Le bateau de tête portait en effet des feux inhabituels, en plus de ses lumières de route. Si j'avais révisé avant de partir, j'aurais compris qu'il tractait une remorque !

Ses « appels de phare » désespérés visaient à me prévenir de ne pas couper sa route car il est très peu manoeuvrant. Peur rétrospective ! Je n'ose pas imaginer les vitupérations de l'homme de quart du remorqueur à l'égard des plaisanciers !

 

   

Si les images d'école ont l'air simples, la réalité est plus confuse !

   

 

Notre première nuit de navigation s'est finalement terminée sans encombre, et nous touchons Union, la porte des Grenadines, dans le courant de l'après-midi. Mais Union n'est qu'une étape vers notre but : les Tobago Keys.

Ces quatre bouts de rochers ou d'îlots déserts, protégés du large par une grande barrière de corail, donnent accès à l'enchantement. Les eaux cristallines dans le lagon sont piquetées de patates de corail autour desquelles tournent des dizaines de poissons multicolores…

Ariane et Jean-Philippe / TUAMITOO (ajaquet@free.fr)

 

   
   

L'incompréhension d'une situation nocturne nous est arrivée à tous. Les plates-formes pétrolières en sont parfois la cause. On en rencontre souvent entre Trinidad et le Venezuela et le long de la côte brésilienne au sud de Salvador. Plus fréquent est le sillage erratique du chalutier qui zigzague nuitamment devant nous. A tous les coups, lorsqu'on veut l'éviter par tribord, il vire de ce côté et inversement. Le radar distingue bien ces masses métalliques, mais n'indique pas pour autant les intentions du barreur.

L'évaluation des distances est difficile, combien de fois ne nous sommes pas fait piéger par l'intensité d'un feu le long du Brésil. Il est là sur l'avant un peu à bâbord. Pas de quoi s'alarmer puisqu'il scintille faiblement. Il est loin. Comme on garde un oeil dessus, on s'étonne rapidement de sa vitesse de déplacement. Un speed boat ? Lorsqu'il est par le travers, on distingue à seulement 50 m une grosse bouée de pêche éclairée par un lumignon blafard au bout d'une perche.

Avec les années de navigation et les dizaines de nuits en mer, on découvre toutes sortes de situations qui font le charme des souvenirs et parfois le stress du moment présent.

 

   
   

 

Nous avons perdu le safran et dérivé pendant 26 heures !

La vie est un long fleuve tranquille, on y rencontre parfois de gros cailloux. Nous allons bien, mais nous revenons d'une sacrée aventure : nous avons perdu le safran et dérivé pendant 26 heures ! En voici le récit.

Nous quittons Los Roques ( Archipel au Nord du Venezuela ) par la passe de Sébastopol, le 21 avril 2008 vers 10h30. Navigation dans le lagon en suivant les coraux de l'oeil, nous avons toujours peur de ne pas prendre le bon chemin. Sortie par la passe en pleine mer à 13h30, pour naviguer jusqu'à l'île de Tortuga située à environ 80 milles. Nous avons un vent entre 15 et 23 nœuds. Tout va bien.

A 5 h du matin pour éviter un cargo, virement de bord un peu rapide et crac la barre ne répond plus, aussitôt je pense que le safran est cassé. Je vais voir dans le bateau si les drosses de barre tiennent, aucun problème. Donc c'est bien le safran. Est-ce dû a un OFNI, avons nous heurté quelque chose à l'aller sans dommage apparent, un cétacé ? Je n'en sais rien.

Le bateau n'est plus manoeuvrant, il ne reste plus qu'a appeler des secours. Nous lançons un MAY DAY (SOS) sur le 16 de la VHF. Aucune réponse. Même tentative sur la BLU. Pas de réponse.

Pendant ce temps, le bateau dérive et retourne vers les Roques porté par le vent et les courants. Nous avons à bord le dernier guide Doyle du Venezuela avec des adresses email des Gardes Côtes. J'expédie une série d'emails, mais ils reviennent tous avec « adresse hors service ».

Vers 10h, un navire commercial nous propose de nous remorquer jusqu'à Bonaire mais nous devons monter à son bord. Il vient au ralenti se mettre sur notre flanc. La houle nous projette sur sa coque, occasionnant l'arrachage d'un hauban du mât.

 

   
   

Je mets le moteur en marche pour essayer nous dégager, bien que non manoeuvrant. Ce faisant, notre hélice attrape un de leurs cordages, bloquant ainsi notre moteur, source d'énergie importante, notamment pour faire de l'eau.

La totale, d'une avarie simple, nous comptons maintenant trois avaries : plus de gouvernail, plus de moteur et plus de voiles avec un hauban flottant. Deux autres gros navires veulent nous assister dans la journée mais nous leur demandons seulement de relayer sur les ondes, notre demande d'aide à destination des Gardes Côtes.

Puis un hélico de secours, alerté par un de ces navires veut nous hélitreuiller. Nous refusons d'abandonner le navire, préférant continuer notre dérive à 2 noeuds vers Les Roques. Vers 16h30, une vedette privée de pêche sportive, occupée par des militaires (?) tente de nous remorquer et abandonne vite devant la difficulté de tirer un voilier de 42 pieds.

Ensuite, nous envoyons un mail en France, à notre assureur pour qu'il alerte l'Ambassade de France (l'adresse email de notre guide n'est plus bonne !). Il nous donne la marche à suivre après le sauvetage.

Vers 18h, un cargo s'arrête à côté de nous pour nous protéger de la mer et du vent afin d'attendre les secours des Gardes Côtes qui arrivent vers 20h. Ils abandonnent les opérations à 23h, après avoir cassé l'amarre à deux reprises.

Leurs puissants moteurs et l'amarre de travail nous ont arraché un chaumard, un taquet, une partie du balcon and so on… Finalement excédés par les pertes successives de remorque, ils nous laissent dériver jusqu'à 7h30 du mardi 22, sans nous protéger.

   
   

Autant dire que la nuit fut longue, à veiller que personne ne nous éperonne... Au matin, lorsqu'ils reviennent, nous distinguons clairement les récifs du sud des Roques. Mais grâce à notre cartographie électronique, nous visualisons que nous allons les rater de 3 ou 4 milles pour continuer à dériver vers Las Aves…

Jusqu'à 13h30, ils nous tirent péniblement en cassant la remorque à plusieurs reprises. Finalement, un de leurs gars monte à bord, ce qui simplifie les problèmes de communication. Plus d'efforts colossaux pour saisir les amarres de travail, le panard, ou presque !

Finalement, le remorqueur nous laisse dans un lagon situé exactement … au milieu de nulle part, à deux encablures au sud de Cayo des Aguas. Gentiment, la barque des Gardes Côtes de Gran Roque nous déplace vers un endroit plus abrité à un mille de là. L'endroit est joli comme tout, pas loin du Centre de recherches sur les tortues de Dos Mosquises.

   
   

Suivent ensuite le contrôle médical de l'équipage et le contrôle de sécurité du bateau, après 26 heures de dérive et 6 heures de remorquage éprouvant, c'est la procédure administrative normale... Mais ils nous ont récupérés, c'est le principal et le bateau n'a pas fini à la côte, pas de quoi se plaindre...

Notre équipage a été à la hauteur, pas une seule engueulade, des réactions vives et appropriées, Brigitte a même limité la casse contre le cargo qui tentait de nous remorquer, en bondissant sur les pare battages pour protéger notre flanc tribord qui allait se frotter contre la coque.

Le capitaine a communiqué à chaque fois avec les intervenants dans un Espéranto de circonstance et maintenu le moral des troupes, c'est à dire Brigitte et lui-même. Surtout lorsque les 60 milles qui nous séparaient de la côte des Roques fondaient comme neige au soleil.

Au matin du 23 avril, réveil surprise à 5h45, le Normandia (!) la barge de ravitaillement des îles, est prête à nous remorquer jusqu'à Gran Roque, escortée par un bateau des Guardia Costals. A 9h, nous sommes rendus à plus de 7 nœuds sans trop de secousses alors que le remorqueur de la veille nous avait traînés péniblement à 2 noeuds utiles, tout en nous faisant faire des zigzags hallucinants.

Il faut dire que le commandant du Normandia est un virtuose adulé de toute l'île, qu'il a supervisé directement la réalisation de l'amarrage, qu'il nous a plombé l'arrière du bateau avec un pneu et … la barque des Gardes Cotes à la traîne, un montage d'une efficacité redoutable. Sur la barque, certains des Gardes Côtes étaient tendus, c'est impressionnant de se retrouver à cette vitesse à cinq mètres derrière un voilier qui zigzague et rebondit en permanence.

Depuis, ce sont les démarches qui nous bouffent le temps. L'Administration vénézuelienne est encore plus complexe que la nôtre. Mais on s'en sort...Le Normandia voulait nous ramener sur le continent pour réparation dimanche ou lundi, mais l'assureur s'y est opposé pour le moment car il voudrait nous voir remonter sur Porto La Cruz et non sur Carenero comme le Normandia nous le proposait.

Pour ma part, je rechigne à me laisser remorquer sur 160 milles, c'est très difficile et beaucoup trop dangereux. Du coup, ils étudient la possibilité de nous installer un safran ici à Gran Roque qui serait fabriqué en Martinique ou en métropole. Nous avons déjà réglé le problème du cordage dans l'hélice et celui du hauban arraché, avec deux gars du Soltana et du Dali. Je vais encore renforcer tout ce qui peut l'être au niveau de l'avant saccagé et pour le reste, nous verrons au chantier naval.

   
   

 

Il nous reste à recevoir la visite de l'Inspection des Gardes Côtes de Caracas, démarche administrative normale pour évaluer les dégâts et le coût du remorquage qui est en principe gratuit… Elle devait se faire hier, mañana de mercredi, ou aujourd'hui ou demain, mañana quoi…

Brigitte qui a bien tenu pendant les évènements s'est retrouvée en baisse de forme pendant deux jours, elle semble remonter la pente et se bat en ce moment au Tarot contre l'ordinateur.

Voilà, nous sommes fatigués mais en bon état et Yakapati reste réparable. Ouf !

C'est dommage, il était en parfait état et ces derniers temps, j'avais réglé des problèmes qui traînaient depuis trois ans. J'avais même réglé ceux du moteur HB, le gicleur, le blocage pour le porter, le bouchon du réservoir, la manette des gaz ... C'est reparti pour un tour !

Nous allons avoir le temps d'apprécier chaque recoin de Gran Roque, peut-être allons-nous ouvrir une posada….

Quelques enseignements : ça n'arrive pas qu'aux autres…Le mail reste un outil bien plus puissant que la simple radio. Il est important d'avoir un carnet d'adresses email à jour, celles procurées par les guides voire les serveurs Web doivent être vérifiées. Pour ceux qui ont une BLU, vérifiez que la touche « Distress » fonctionne bien. Refusez un accouplement à un bateau de commerce qui peut détruire votre mât ou votre coque. Un remorquage, ça peut être dur, dangereux, désastreux, exigez ou proposez une prise de remorque sur 4 taquets et non sur un comme l'a fait initialement le Garde Côtes, taquet, chaumard, balcon, tout a giclé. Ne pas utiliser les chaumards qui sont trop faibles pour subir les contraintes d'un remorquage en haute mer. Stabilisez le bateau par des freins à l'arrière pour éviter des embardées destructrices. Ce sont des conseils d'un novice qui vient de devenir expert…

Nous vous souhaitons des traversées moins mouvementées.

Bon vent et plein de plaisir.

Patrick et Brigitte / YAKAPATI ( plautier@aol.com )

   
   

Cette aventure est loin d'être unique, personnellement je connais deux bateaux qui ont eu des mésaventures similaires et un troisième qui a carrément perdu le safran avec la mèche de gouvernail. Il s'est sauvé de justesse en obturant le tube de jaumière…

L'âge du Capitaine et celui du navire n'ont rien à voir avec cet type d'accident, un de ces bateaux était neuf. Il en va de même pour les arbres d'hélice.

Je retiens quelques points à la lecture du récit de mes amis Patrick et Brigitte :

  • le calme du skipper et du mousse qui continuent à réfléchir, minimisent les dégâts et évitent le sur-accident
  • le « truc » de « lestage arrière  » du bateau remorqué pour lui donner un peu de stabilité
  • le coup du cordage dans l'hélice, vieux comme l'hélice, fait toujours des victimes
  • la solidarité des gens de mer est toujours existante. Bravo au cargo qui a protégé le voilier en attendant les secours
  • le côté aléatoire actuel des transmissions radio, on est bien entré dans l'ère tout téléphone et email
  • la notion de préparation des contacts d'urgence en est profondément modifiée. Il faut partir avec un carnet de téléphone et d'adresses email préparé et à jour

Je rajouterai encore quelques points issus de mon expérience personnelle du remorquage :

  • remorquer un voilier avec son propre voilier n'est pas une chose aisée (même si le remorqué a son safran). La progression est très lente et il faut une longue aussière (100m) pour amortir les coups de rappel. La transmission du moteur n'aime pas ce genre d'exercice et il n'est pas impossible de sentir une certaine odeur de coup de chaud
  • si le voilier remorqué est plus lourd que le sien, ce n'est pas la peine
  • généralement votre contrat d'assurance limite très sérieusement, voire annule votre couverture si vous remorquez un bateau
  • rappelons que ce qui est gratuit, est le sauvetage des vies humaines. Le sauvetage d'un navire et de sa cargaison peut être payant. Il l'est toujours dans le domaine marchand. Dans la plaisance, c'est au bon vouloir du remorqueur

Début mai 2008 : aux dernières nouvelles, un safran est parti de France vers Caracas. Il reste à l'acheminer vers les Roquès et à le placer. Je ne sais pas ce qui sera le plus délicat … Nous vous tiendrons au courant de la fin de l'aventure de nos amis.

Fin mai 2008 : le safran est bien arrivé aux Roques. La réparation peut commencer.

Suite et fin de l'aventure

Ca y est, Yakapati est libéré de sa prison émeraude. Depuis le mercredi 28 mai, il est équipé d'un nouveau safran tout blanc et il nous a conduit jusqu'à La Tortuga du 31 mai au 1 juin en compagnie du bateau Yvlys que nous avions connu au Rallye IDS et qui était venu nous rejoindre le 15 mai avec du matériel de dépannage, sympathique et inattendu.

L'installation du safran a été très facile, surtout lorsque c'est un autre qui fait le plus dur du boulot. Pierre, le dépanneur mandaté par l'assurance, a commencé vers 8h et à 17h tout était bouclé, non sans de multiples griffures et des douleurs pour plusieurs jours car l'accès est difficile et étroit et les efforts se font à bout de bras.

Il a fallu dans un premier temps désaccoupler le pilote supérieur, sortir les drosses de barre après avoir desserré les poulies de drosses tendues par un excentrique. Puis ce fut le tour du désaccouplement du secteur de barre, du retrait de la clavette bloquant la mèche du safran et du boulon la tenant au niveau de l'embase de la barre de secours.

Auparavant, nous avions fixé un bout sur la mèche à l'aide d'un boulon à oeillet qui venait se prendre sur un filetage préexistant au centre de la mèche. Une fois tout ceci réalisé, il ne resta plus qu'à laisser coulisser la mèche dans le tube, suivie par son bout que nous avions fait passer dans une poulie fixée au portique.

Et c'est là que l'inquiétude commença à monter, comment le nouveau safran allait-il se présenter. Le plus simplement du monde, il flottait à moitié avec un angle de 30°, il a suffi que je me mette à l'eau, que je le guide dans l'orifice du tube et que j'applique une légère pression pour le positionner verticalement, puis Pierre depuis la jupe arrière tira sur le bout passé dans la poulie et le tour était joué, moins d'une minute d'opérations alors que cela me semblait hasardeux.

Le remontage de tous les écrous fut beaucoup plus pénible, toujours dans des positions impossibles, c'est certainement plus facile sur un 50 pieds mais Yakapati n'en fait que 42. Pierre n'en était pas à son coup d'essai, il avait réparé récemment un Dufour dans des conditions similaires. C'est donc un intervenant averti et entraîné qui est venu nous installer le nouveau safran.

Finalement, tout est allé vite, je parle de l'installation car nous serons restés bloqués 40 jours aux Roques, le délai le plus important ayant été le délai français à cause des ponts du 1 et 8 mai. Pour ce qui concerne le délai vénézuélien, il aura été raisonnable : 15jours, avec un Pierre qui chaque jour suivait le colis et fournissait un nouveau papier manquant (c'est certainement identique dans tous les pays, y compris chez nous...).

Nous rentrons maintenant sur Trinidad via Margarita pour faire la sortie du territoire. Là-bas nous rencontrerons l'expert maritime qui a été d'une efficacité et d'une présence remarquables. Il nous reste maintenant à réparer définitivement les désordres occasionnés par le remorquage. J'ai pu pendant l'attente et grâce à l'aide de skippers locaux et de l'équipage d'Yvlys effectuer les réparations qui ont masqué les blessures de Yakapati, notamment repositionner un hublot tribord désolidarisé de la coque par le ragage contre le premier bateau qui avait voulu nous secourir.

Nous espérons que nous pourrons continuer à résoudre nos problèmes d'une façon aussi positive que ce que nous avons vécu depuis le début de nos aventures.

Patrick et Brigitte / YAKAPATI ( plautier@aol.com )

   
     

Mises à jour : AOUT 2017
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