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Sécurité, pirates et armes à bord

J'ai l'air malin en traversant le détroit entre les Iles Vierges US et Puerto Rico : je jette à l'eau une à une … mes cartouches de chevrotine caoutchoutée. Dans son guide, Bruce Van Sant explique les problèmes encourus si on se fait prendre à Puerto Rico avec des armes non déclarées. Ses arguments sont convaincants et les déclarer, relève ici du parcours du combattant.


 

Nous sommes partis d'Europe avec ce pistolet 2 coups de marque italienne qui reçoit des cartouches de calibre 12, mais plus courte que les cartouches de chasse (ces dernières ne rentrent pas). Les munitions proposées au prix fort sont : des fusées rouges, des coups à blanc et des chevrotines caoutchoutées. Ma conscience était tranquille avec une arme non meurtrière, mais qui pouvait tout de même arrêter un homme à 15 m, dixit le manuel.

Je n'ai jamais déclaré cet engin et je comptais jouer sur l'aspect sécurité et débonnaire d'un pistolet lance-fusées en cas de contrôle inopiné. Tout cela tenait parfaitement la route, sauf évidemment si le gabelou tombait sur la chevrotine que j'avais vaguement caché près de la table à cartes.


 

Fin 2001, Sir Peter Blake est assassiné dans le détroit de l'Amazone (Macapa) par des malfrats montés à bord. Mi 2002, un plaisancier est blessé par balle dans une baie de la côte nord du Venezuela. En 2003, un plaisancier anglais est blessé par balle au Nord du Venezuela et finalement secouru par les Garde-côtes de Trinidad, après l'appel de détresse lancé par sa femme.

Nous avons compris en cours de voyage qu'il vaut mieux ne pas résister à des agresseurs généralement déterminés et pour qui la vie d'un inconnu compte peu. La vue d'une arme provoque en général une réaction rapide de l'attaquant. Il tire sans état d'âme, avec de vraies balles qui portent loin. Et je ne me vois pas vraiment tirer de sang froid plus vite que lui, avec de la chevrotine caoutchoutée qui porte à 15 m.

Résumons-nous froidement : si on sort son arme pour se défendre, il faut tuer tout de suite son agresseur … qui n'est peut-être pas seul. Si je descends le premier avec mon premier coup, il me reste l'autre coup pour le deuxième homme. On plonge dans le délire.

On ne s'est jamais senti plus rassuré avec ce pistolet et tout compte fait, nos biens matériels ne valent pas la vie, ni même la blessure d'un homme, qu'il soit pirate ou plaisancier.

On sait rapidement en voyage quel sont les endroits « chauds » qu'il faut éviter et ceux où il faut prendre quelques précautions. Le Standard C reçoit chaque semaine le rapport des dernières attaques pirates.

Le Venezuela propose une carte sur l'Internet avec les points chauds de son territoire. La mise à jour est aléatoire et la carte est réalisée par les autorités du pays ...

Nous misons donc naïvement sur la prévention, en allant à plusieurs bateaux dans des endroits à (faibles) risques. Notre périple amazonien dans le cadre du Rallye du soleil, répondait bien à cette attente.

Comme on ne résistera pas, il faudra avoir quelque chose à donner. Les pirates ne viennent pas pour les cigarettes et la gnôle du bord (ils les prendront aussi), mais il leur faut des sous et des cartes de crédit (et le code). Comme déjà dit dans le chapitre sur l'argent, il faut avoir 200 ou 300 dollars faussement cachés à leur remettre. Le reste de la caisse de bord doit être vraiment planqué. On leur remet une carte de crédit et son code, la seconde carte est cachée avec la caisse de bord.


 

Les pirates brisent fréquemment les appareils de communication (VHF, BLU) avant de partir pour couvrir leur fuite. La seule opportunité que je vois, c'est de ranger habituellement la VHF portable au fond d'un équipet pour essayer d'avoir de l'aide, si nécessaire après le départ des assaillants. Avec un téléphone portable Iridium planqué, c'est encore plus facile pour bloquer sa carte de crédit et éventuellement demander de l'aide. A condition de savoir où téléphoner !

 

 
 

Les attaques pirates se faisant de plus en plus nombreuses dans le monde de la marine commerciale, les armateurs sont partis à la recherche de moyens non létals pour se protéger de l'approche des embarcations malfaisantes.

Parmi les solutions offertes par l'industrie, on trouve des rambardes de barbelés, des rambardes électrifiées, des canons à eau balayant la coque, un espace blindé dans le château où l'équipage peut se réfugier et attendre l'arrivée d'une force militaire. Tout ceci est totalement inapproprié à la plaisance.

Toutefois, j'ai trouvé un article susceptible d'être utilisé sur nos voiliers : le canon à son. La firme américaine LRAD en propose un alimenté en 12 V qui produit encore un son strident et modulé de 88 DB à plus de 250 m. Vous trouverez des infos sur ce produit totalement étanche en cliquant ici. N'hésitez pas à regarder les petites démos en vidéo. C'est assez surprenant.

En prime : grâce au micro, vous pouvez haranguer vos voisins maritimes jusqu'à plus de 500 m.

Good, good, good vibrations ...

 
 

Connaissant votre soif d'infos people, nous publions ci-dessous quelques récits d'amis ou de lecteurs qui ont eu à subir les assauts de malfrats. Si le but n'est pas de noircir le tableau, il est en tout cas de vous faire réfélchir sur la sécurité. En général les choses se passent bien si on respecte les consignes de base. Bonne lecture.

Voici le récit de nos amis de "Cap'allá" qui se sont faits agresser sur leur catamaran en novembre 2006 au Venezuela :

"Le 03 novembre 2006, nous arrivons l'après-midi dans la baie de Robledal à l'ouest de l'île de Margarita (Venezuela). Nous mouillons avec deux autres voiliers qui naviguent avec nous. Notre intention est de repartir le lendemain de bonne heure pour l'île de La Blanquilla.

La mer est très calme, pas un bruit. Vers minuit, j'entends un bruit de rame à proximité du bateau. Je sors et je vois trois hommes dans une barque en bois de deux mètres, qui s'accrochent à l'arrière de la coque tribord.

Je leur demande ce qu'ils veulent. Ils me disent qu'ils sont pêcheurs et qu'ils veulent de l'eau. Au même moment, l'un d'eux monte sur la jupe arrière et me met en joue avec un fusil en me faisant signe de ne rien dire.

Aussitôt, le second monte à bord, armé d'un fusil mitrailleur. Le troisième suit les premiers. Ils investissent le cockpit et me tiennent en joue avec Marie-Odile arrivée à l'instant sur le pont.

Ils nous poussent dans le carré et nous demandent de l'argent. Nous leur répondons que nous n'en avons pas. Ils commencent alors à devenir menaçants et très pressants. Nous leur donnons finalement l'argent caché. Alors que Marie-Odile va le chercher, je suis toujours tenu en joue. Ils disent qu'ils vont me tuer, mais pas la « mujer » (femme).

Ensuite, ils se mettent à arracher toute l'électronique du bord et à emporter tout ce qui peut être revendu : appareil photo, projecteur longue portée, VHF portable, etc... Puis ils vident tous les placards, y compris ceux des coques.

Ils nous tiennent toujours sous la menace de leurs armes et profèrent fréquemment des menaces de mort. Après une heure, ils nous demandent de descendre dans la coque tribord. Nous pensons à ce moment que notre heure est venue et qu'ils vont nous tuer.

Le truand qui nous pousse dans la salle de douche n'est pas armé. Il verrouille la porte et remonte dans le carré. Nous attendons avec grande inquiétude. Après un petit moment, il nous semble que les bruits sur le bateau ont disparu.

Nous sortons prudemment de notre cabinet de toilette. Plus personne sur le bateau. Nous sommes sauvés. Aussitôt, nous levons l'ancre et crions notre aventure aux deux bateaux-amis qui n'ont rien entendu, puis quittons les lieux au plus vite.

La bande de malfrats était composée de deux hommes d'une quarantaine d'années et d'un plus jeune d'environ vingt cinq ans. Probablement le fils d'un des deux premiers. Ils s'étaient cagoulés avec leur teeshirt. Ce n'était pas leur première action, car tout était parfaitement organisé.

Je crois que ce qui nous a sauvés, c'est que nous n'avons résisté à aucun moment. Malgré tout, un climat de calme relatif a été maintenu. J'ai essayé de garder le dialogue avec celui qui nous tenait en joue. C'est plus facile à raconter qu'à faire. Voilà Patrick, notre histoire effrayante à vivre. " 

 

 
 

 

Voici le récit de Patrick et Patricia de "Nirvana". Ces lecteurs du site de Caramel se sont faits agresser sur leur Roc 129 en décembre 2007 à Sao Luis au Brésil :

"Bonjour Patrick,

nous t'avions demandé quelques conseils pour remonter de Salvador à Trinidad sans moteur et nous aurions du suivre tes conseils et ne pas réparer le moteur ! Mais il se trouve que nous avons trouvé un super mécanicien à Maragogipe sur le Paraguaçu qui a remis notre moteur à neuf. Incroyable, dans cet endroit perdu de l'état de Bahia.

Malheureusement nous avons fait quelques escales en remontant. Explications …

Après deux escales intéressantes et sans problèmes à Recife et Fortaleza, nous avons relâché à Sao Luis. L'accès au mouillage de la marina était délicat (courants, marées de 6 mètres, bancs de sable, pas de balisage...), mais cela en valait la peine.

La ville était magnifique, le mouillage l'était moins : impossible de débarquer à marée basse avec des abords couverts de vase, mauvais accueil au Yacht Club, une taxe arbitraire de 50 réaux demandée à tous les navires ancrés devant la marina (même sans utiliser les installations), et surtout de nombreux vols sur les bateaux (tous les bateaux ont un gardien 24H/24H).

Une désagréable surprise nous attendait pour notre deuxième nuit au mouillage. Alors que nous dormions, descente ouverte, quatre ladrones (= malfrats) venus en barque, pénétrèrent à l'intérieur du bateau. Ils me jetèrent à bas du lit, saisirent fermement ma compagne, et me massacrèrent le crâne à coup de crosse de pistolet en réclamant à grands cris la météo, euh pardon des dinheiros ! (= des sous)

Ne me souvenant pas vraiment où j'avais mis l'argent, je leur indiquais quelques cachettes sans grand résultat. Puis entre deux coups de crosse et après avoir répandu un litre de sang sur la moquette toute neuve et les boiseries vernissées, je réussis à leur trouver quelques réaux, un ordinateur, deux téléphones et quelques colifichets.

L'un d'eux me mit alors le canon de son flingue entre les yeux. Je me demandais à cet instant s'il allait tirer ou me demander le code de ma Visa (on voit la vie d'une façon différente dans ces moments là). Ne trouvant rien de mieux à faire, je décidais de simuler l'évanouissement... 

Ma compagne se mit à crier, me croyant passé dans l'autre monde et le résultat fut payant : ils prirent la fuite. Nous envoyâmes quelques fusées pour ameuter une brochette de promeneurs sur la plage, alerter la caserne des pompiers toute proche et éventuellement réveiller les gardes du Yacht Club, mais rien n'y fit. Ils crurent sans doute que nous faisions un remake de la Fête Nationale.

Nous lançâmes quelques Pan Pan et Mayday sur le canal 16 de la VHF. La capitainerie du port de commerce accusa réception de notre appel mais voulut d'abord savoir le nom, la longueur et la largeur du bateau, le nom de mon père, etc... Après une heure de vacation, ils nous déclarèrent qu'aucun bateau n'était disponible pour nous envoyer du secours ou un médecin !

La Police arriva finalement deux heures plus tard, avertie on ne sait comment. Ils prirent ma déclaration au dos d'un sac de chips. Par chance, un des policiers d'origine caribéenne parlait un peu français. Il eut pitié de nous et nous emmena aux urgences de l'hôpital local.

Que dire des urgences de nuit dans un hôpital brésilien ? Cynique et sinistre unique avantage : un touriste blanc au crâne sanguinolent passe avant un pauvre brésilien au corps transpercé par des brochettes à merguez !

Quelques points de suture plus tard, nous retournâmes au bateau. Trop angoissés la nuit suivante, nous confiâmes notre bateau à un pompier contre la modique somme de 100 réaux. Alors que nous passions une mauvaise nuit dans un hôtel, il vidait tranquillement notre frigo.

Sans demander notre reste, nous reprîmes la mer le lendemain. Cap sur la ligne de sonde des 1000 mètres et tout droit jusqu'à Kourou en Guyane, sous la protection hypothétique de la marine Française.

Cette mésaventure ne pouvait arriver qu'aux autres, nous le pensions mais nous n'en sommes plus tout à fait certain !

Terminons par quelques petits conseils : allez dans les marinas, naviguez groupés, renseignez-vous, évitez de rester seul au mouillage, fermez toujours votre descente et si possible sécurisez les capots de pont.

Patrick et Patricia – Décembre 2007

PS : même le fabuloso gato marinero Sikaflex a eu la trouille "

 

 

Si au bureau, vos collègues pensent qu'on se marre tout le temps en bateau, faites leur un print de ce chapitre comme lecture avec le café de 10 heures. S'ils en veulent encore, surfez sur le bulletin des actes de piraterie de la semaine ...

 

Mise à jour : août 2011

Mises à jour : AOUT 2017
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