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Table des matières.

Chapitre 3 : de Gibraltar à Lanzarote (Canaries)

Ca y est, Yannick est là. Son bus en provenance de Valencia est arrivé à 1 heure du matin à Malaga et plus de correspondance pour Gibraltar à cette heure là. Une auberge de jeunesse l'a logé pour la nuit. L'équipage est au complet et le bateau est fin prêt, nous pouvons songer à repartir.

Au programme pour cette étape : le Maroc et une partie des Canaries.

Il est difficile d'obtenir des informations sur les possibilités d'étapes au Maroc, car peu de plaisanciers y font escale, le seul guide nautique existant est ancien et nous ne l'avons pas. Les renseignements réunis à Gibraltar nous font opter pour un séjour de quelques jours à Marina Smir, sur la côte Nord (donc méditerranéenne) du pays. Ce n'est pas bien loin : 30 milles et à partir de là, nous pourrions rayonner à l'intérieur du pays.

Le vent d'ouest nous dégage rapidement du rocher, et à nouveau une bande de dauphins nous escorte. Celle-ci est sédentaire et vit dans les eaux poissonneuses du détroit. A tel point qu'un bateau-excursion à Gibraltar emmène 4 fois par jour des touristes à la rencontre de nos frères aquatiques. Le "Dolphins Tour" garantit le spectacle.

Dès que nous rentrons en Méditerranée, le vent retombe, et la température de l'eau monte. Après quelques essais assez mous de spi d'artimon et de spi asymétrique, nous ne résistons pas à tout affaler, descendre l'échelle de bain et profiter de notre première baignade à bord de Caramel. Voici plus de 2 mois que nous vivons à bord et l'eau est enfin à 20 °C. Nous sortons masques et palmes et zou : inspection des oeuvres vives de Caramel (c'est la partie immergée de la coque). Vu sous l'eau, la peinture sous-marine noire donne au bateau l'apparence d'un gros cétacé.

Le vent même léger pousse le bateau plus vite qu'un nageur, et remonter sa dérive demande une nage énergique. Par prudence, nous laissons traîner un long bout sur l'arrière.

Un petit guide nautique des environs de Gibraltar nous vante les installations de Marina SMIR, la seule marina du Maroc, bateau en sécurité, beaucoup de place (même promoteur que Puerto Banus pour les connaisseurs). Le bateau devrait y être en sécurité. Les formalités de port sont rapidement exécutées par la charmante hôtesse d'accueil (nettement plus agréable qu'un capitaine de port bourru). Mais nous sommes dans un état policier, et les documents du bateau sont gardés par la capitainerie (ce qui n'est absolument pas dans les usages). La visite à la police, dont le bureau est dans le même bâtiment, est aussi courtoise et dans l'heure, les formalités sont terminées, nous pouvons quitter le quai d'accueil et nous installer à la place d'amarrage qui nous est assignée.

Le guide disait vrai, il y a de la place, beaucoup de place : au ponton d'honneur (c'est le nôtre) : 60 places disponibles pour un visiteur anglais, et en bout de ponton, un gros yacht à moteur de 30 mètres. Deux marineros prennent promptement nos amarres, nous souquons sur la pendille avant et tout est terminé.

Première impression : il est 18 heures nous sommes seuls dans cette marina et pratiquement pas un chat, un ghetto pour plaisanciers. Finalement la petite urbanisation balnéaire qui jouxte le bassin se réveille à la tombée de la nuit et un peu d'ambiance indolente se construit, faite de gâteaux à la crème et de thé à la menthe. De ce lieu artificiel, nous avons vite fait le tour, seulement ponctué par une crème glacée.

Soyons positifs, nous dormirons bien ici. C'était sans compter sur la discothèque de l'autre côté du port : 23 heures >> 04heures ...

Un taxi a été commandé pour le lendemain à 8 heures. Heureusement, le Maroc vit à l'heure GMT et nous sommes toujours à GMT +2. Ces 2 heures vont nous permettre de récupérer un peu.

Après être tombés préalablement d'accord sur le prix de la journée de taxi, nous partons à la découverte de Chefchaouen, à 100 km au sud-est de la côte. Les guides nous invitent à découvrir cette petite ville de montagne. Le chauffeur nous montre près du port la résidence d'été du Roi Mohamed VI et celle de sa famille, puis nous traversons une partie du Rif pour arriver à Chefchaouen, mais ces paysages-ci n'ont rien de comparable à ceux plus spectaculaires de l'anti-atlas du sud marocain.

Chefchaouen signifie "regarde les montagnes", en effet la ville est au creux de 3 petits pics, on est à 400 m d'altitude, mais l'air n'est absolument pas plus frais. Notre chauffeur de taxi nous remet entre les mains d'un guide : Ahmed ("A la gloire de dieu", si notre mémoire ne défaille pas). Sympathique, le courant passe tout de suite. Ahmed va nous faire faire le tour de la vieille ville : la Médina (la nouvelle manque évidemment d'intérêt).

Ahmed est d'un physique étonnant : 1,50m, la tête ronde avec le cheveu rare et blanc, l'œil bleu-vert clair, c'est un berbère. Il est élégamment vêtu d'une djellaba blanche à liseré doré sur laquelle il arbore un badge plastifié : "Guide Officiel". Chaussé de babouches en cuir blanc, il a le pas court mais rapide et il faut trottiner pour le suivre. Son français est correct mais ce qui laisse un souvenir inoubliable, c'est sa voix de fausset dont on ne sait si il en joue sciemment car elle tombe souvent en contrepoint.

Nous trottinons donc derrière notre guide qui veut nous faire voir d'abord l'ancienne place du marché, sur laquelle il n'y a plus d'activité. Le choc est rude, surtout vu le non-intérêt de la chose. Nous entamons un gymkhana entre les crottes de bique, le cœur soulevé par une odeur d'urine animale soutenue par celle du fumier frais.

Plus surprenant, les babouches d'Ahmed sortent immaculées de ce parcours du combattant, ce qui ne sera pas le cas des nôtres.

Le reste de la visite de la médina sera plus agréable. Une belle source fraîche jaillit littéralement de la montagne en amont de la ville et s'écoule vivement par petits torrents rafraîchissants. Les femmes y lavent le linge en palabrant. Les touristes sont nombreux, mais l'atmosphère reste authentique, il fait bon s'asseoir sur une pierre et prendre le temps de regarder.


 

Chassés d'Espagne fin du 15ème siècle, une communauté juive s'installa ici jusqu'à la création de l'état d'Israël. Ils laissèrent plusieurs traditions, dont la plus visible est le soupçon de poudre d'indigo qui se mélange à la chaux dont on enduit les murs de la ville. Ce reflet bleuté donne parfois à la médina un étrange air de faux petit jour sur paysage enneigé.

Ici pas de racolage mercantile, mais le guide nous indique deux ou trois échoppes au cas où nous voudrions acheter un tapis berbère, une besace en cuir de chameau ou un authentique fusil de Fantasia. Yannick craquera pour une lanterne magique en cuivre, les autres resteront de marbre devant les babouches Nike.

A midi nous quittons avec regret les explications d'Ahmed, et nous nous rendons sur ses conseils à la Casa Didi pour un lunch (nos estomacs sont toujours à GMT +2).

Très couleur locale, Didi nous installe à la marocaine sur de moelleux sofas autour d'une table assez basse. On nous apporte la carte : un menu de 4 services pour 70 dirhams. Nous demandons s'il est possible de n'avoir qu'un plat. Pas de problème, c'est 60 dirhams ! Bon, en avant pour le menu. On a bien fait, on s'est régalé de tajines succulents et de fruits goûteux dans un décor d'Ali Baba : tissu drapé sur fond de mosaïques et fontaine rafraîchissante au milieu de la pièce.

Comme on ne boit que de l'eau et du thé à la menthe, Coran oblige, la digestion fut rapide, comme le retour à la marina. On aurait pu aller à Tanger ou à Tétouan le lendemain, mais d'une part cela aurait été difficile après le charme de Chefchaouen et d'autre part l'ambiance n'y était plus : notre confrère visiteur anglais et le yacht à moteur étaient partis. Nous étions vraiment seuls sur le ponton d'honneur.

Enfin nous le pensions.

Dans la soirée et tandis que nous ressassons notre déplaisir d'être dans cette marina artificielle construite à grand frais pour personne, arrive une vedette rapide. Elle se range près du bout du quai et plusieurs hommes débarquent. Quelques mots échangés en arabe, et la police interdit l'accès du ponton aux badauds. Nous pensons tacitement être assignés à résidence dans notre cockpit, d'où nous suivons les évènements.

Sur ces entre faits, le gros yacht à moteur revient, reprend son amarrage en bout de quai à grand renfort d'éclats de voix. Nous voyons un téléviseur fonctionner dans le carré. Une camionnette blanche arrive sur le quai, puis manœuvre pour se présenter en arrière. Commence alors un déchargement de grosses caisses mystérieuses assez lourdes pour devoir être portées par 2 hommes. Une fois toutes les caisses dans la camionnette, le téléviseur s'éteint, un homme - le chef - monte à l'avant de la camionnette qui démarre sans attendre.

Nous venions d'assister à l'importation illégale de whisky Loch Lomond par le propre yacht de sa Majesté M6. Le tout sécurisé par des barbouzes.

De toute façon, même si ce n'était pas du Loch Lomond, on n'avait plus envie de rester là, Cap sur Ceuta, enclave espagnole et zone franche au nord du Maroc, face à Gibraltar.

Formalités de sortie à la police et à la capitainerie, et nous prenons la mer, enfin presque car ils ne nous ont pas rendus les papiers du bateau et nous avons évidemment oubliés de les leur demander puisqu'on ne les quitte jamais. Rapide retour à quai pour reprendre notre Blue Book et nous sommes en mer.

Pas de vent mais de nouveaux compagnons : 2 poissons-lunes de 1 m de diamètre, couchés à fleur d'eau que nous prenons pour morts mais ils se réchauffent simplement au soleil et plongent dès notre approche. 2 Tortues de mer (cardouannes ?) qui nagent en surface. Décidément les environs du détroit sont riches en faune marine.

Le vent se lève bien sûr dans le chenal, nous obligeant à tirer de pénibles bords de près. Allure que nous avions presque oubliée.

Amarrage à quai dans le port de Ceuta sur un ponton trop court pour Caramel. Retour aux pesetas et à GMT + 2.

Les espagnols enragent avec cette minuscule enclave britannique sur leur territoire qu'est Gibraltar, mais il en ont une beaucoup plus grande chez les Marocains, et ne tiennent absolument pas à la lâcher. Allez comprendre le logique politique !


 

Nous restons 4 jours à Ceuta, car tous les commerces sont fermés pour cause de Feria annuelle. C'est la grande animation, les rues sont bondées, concerts de musique andalouse, parade de cabaleros et d'amazones dans le pur style espagnol et grande foire à la sortie de la ville.

La ville est moche, mais l'ambiance de la Feria est amusante. Nous suivons même la procession de la Madonna locale en compagnie des édiles locaux et de l'Archevêque de Cadix venu pour la circonstance.

Catherine est contente, un super aquapark avec 3 piscines et palmiers jouxte le port. C'est les vacances. Yannick se concentre sur la mise en page des photos de notre site web, et Cyrille se balade.

Deux jours suffisent pour voir Ceuta, mais pour le trajet de trois jours qui nous attend, nous manquons de vivres frais. Pas question de crever de faim et pour une fois nous avons le temps.

La Feria se termine dimanche, le lundi pour se remettre et les magasins rouvrent le mardi. Les légumes et les fruits sont vraiment moches après ce week-end prolongé. Tant pis, on fera avec ce que l'on a trouvé.

L'équipage souhaite faire une autre halte au Maroc, Essaouira (ex Mogador) nous semble appropriée car elle coupe la route vers les Canaries et c'est d'après les guides une belle ville ancienne fortifiée. Le Captain est assez mou sur le sujet. L'administration marocaine semble assez pesante d'après les infos dont nous disposons.


 

Départ ce mardi à midi avec un bon vent d'est dont le détroit à le bon goût de nous gratifier (il ne durera que 24 heures). On est vraiment chanceux avec le vent sur Caramel. 7 à 8 noeuds sous génois tangonné et artimon en ciseau plus un demi noeud de courant portant, que demander de plus ?

Durant le quart de 03 heures, une super étoile filante, genre feu d'artifice, semble nous indiquer la route à suivre : le sud. Nous avalons 157 milles les premières 24 heures.

La journée du lendemain se passe sans encombres au grand largue. Léon (le pilote long et mince) barre sans problème et bien mieux que nous ne pourrions le faire.

Le croisement des vagues arrières et d'une houle d'ouest venue de bien loin rend la mer plutôt inconfortable. Régulièrement la mise en phase de ces deux trains de vagues donne naissance à 3 ou 4 vagues nettement plus hautes et gentiment déferlantes. Rien de bien dangereux, mais le roulement de la vague sous la coque accompagné d'un grondement grave impressionne les plaisanciers hauturiers débutants que nous sommes. Catherine a bien du mal à dormir car elle a le sommeil léger et qu'un vrai lit comme dans la cabine arrière de Caramel provoque de belles glissades dans une mer formée.

En mer, après la deuxième nuit, la vie prend son rythme et les journées passent vite. Dormir en tranches, manger, se laver, faire le point, surveiller et bouquiner remplissent rapidement 24 heures .

Le matin du troisième jour le vent diminue un peu, c'est le moment de monter de la toile : à hisser le grand spinnaker. La moyenne remonte rapidement.

Début d'après midi, comme d'habitude, c'est le retour d'Eole. Nous devons redescendre le spi. Pour ce faire, nous disposons d'une "chaussette" qui coulisse autour du spi afin de l'étouffer. Il suffit de descendre ensuite sur le pont, un long tube de tissu mou dans lequel le vent n'a que peu de prise. Yannick à la manœuvre laisse échapper la drisse de spi qui en filant lui brûle bien la main, son bras emporté cogne durement le mât ... et le spi tombe à l'eau devant puis sous le bateau.

Rontudjûûû, grogne du Captain. On met le bateau face au vent pour l'arrêter et grâce à Catherine qui s'agrippe au spi sur le pont, nous parvenons à le récupérer sain et sauf, à part quelques traînées noires d'anti-fouling (peinture sous-marine) sur la chaussette. Le bras de Yannick est simplement contusionné, mais la brûlure mettra plusieurs semaines à se résorber. L'eau de mer n'arrange rien.


 

Nous nous approchons de la côte et d'Essaouira. Au fur et à mesure que nous apercevons le Maroc, le vent augmente. Nous arrondissons les brisants qui protègent naturellement le port pour nous retrouver face au vent dans l'axe de l'entrée du port : 35 noeuds (60 km/h) !

Nous avançons lentement dans ce petit port de bondé de barques et de chalutiers de toutes tailles. Certainement une centaine à première vue. Tous les regards sont sur nous. Caramel est la vedette, et ce n'est en général pas un bon présage.

En voilà un qui nous hèle à gauche et nous fait signe d'avancer devant lui, mais nous ne voyons pas une possibilité de s'amarrer par là. A droite maintenant, un autre gesticule. Il est habillé tout en vert, avec une broche brillante sur la poitrine. C'est un officiel. Il indique une place de 20 mètres le long d'un quai, juste en avant du bateau de la police. Cela semble tout bon.

Quelques instructions hurlées à l'équipage pour couvrir le vent et nous allons accoster correctement. C'était sans compter sur deux belles poutres métalliques boulonnées verticalement sur le béton, certainement destinées à ne pas griffer cet ouvrage d'art. Bref, on chipote on pose des défenses au mieux, Catherine court de l'étrave à la poupe, le Captain maintient le bateau en position avec les hélices car avec ce vent le bateau a une fâcheuse tendance avoir la bougeotte.

Déjà un attroupement sur le quai. Le policier descend à bord pour nous aider bientôt suivi par le patron de la vedette de police : "Bienvenue à Wind City".

Ah si on avait su : une demi-heure de travail à 6 plus 2 aides sur le quai et au moins une centaine de conseils prodigués par la foule, Caramel est disons attaché plutôt qu'amarré. C'est qu'il a fallu jouer de persuasion avec les officiels pour établir les amarres comme nous le pensions et non l'inverse.

Nous allons enfin pouvoir nous concentrer sur les formalités d'entrées dans le pays.

Très accueillant, le jeune policier nous sort un document de 4 pages en trois exemplaires. Rapidement un aide vient lui prêter main forte. C'est le même document que pour un cargo, la plaisance étant inexistante au Maroc.

Nom, dimensions, nombre de mâts, moteur, nombre de cylindres, liste d'équipage, maladies à bord, quarantaines passées, etc... gentiment, mais une heure tout de même. Le jeune policier dévisage le Captain et lui dit : "Il me semble que je vous ai déjà vu quelque part ?" - "C'est peu probable, nous avons seulement fait escale 2 jours à Marina Smir la semaine dernière".

Maintenant le Captain est autorisé à rendre visite à la douane pour les formalités d'usage. Heureusement ce n'est pas très loin. A nouveau le même formulaire, avec en plus des questions sur les armes à feu et les marchandises à bord. Le "secrétaire" du douanier qui partage son bureau en était à l'heure du thé à la menthe. Tandis que le douanier calligraphie ses formulaires, le Captain examine le rituel du thé chauffé à même le sol sur une résistance électrique. Le sbire conscient de l'attention qui lui est portée nous offre aimablement un verre de ce délicieux breuvage. Le chef douanier au moment de congédier le Captain, lui dit en le dévisageant : "Il me semble que je vous ai déjà vu quelque part ?"... Ils doivent tous avoir le même manuel dans leurs écoles.

Il faut encore faire les papiers du port, mais le policier nous en fait grâce pour ce soir : "Ce sera encore bon demain, mais attention au bateau, car c'est marée haute et vous êtes amarrés au dessus d'un gros rocher". Nous avalons de travers, on croyait pouvoir profiter de cette forte odeur de sardines grillées qui traverse le port.

Au travail, il faut utiliser les grands moyens pour s'écarter du quai, car le vent nous pousse dessus. Nous hélons un pêcheur pour qu'il vienne avec son canot et lui confions 2 ancres secondaires à porter au milieu du port, sur lesquelles nous hâlons le bateau pour l'éloigner de 2 mètres du quai. On a l'air malin, on ne peut même plus descendre à quai. L'équipage y arrive tout de même, profitant le l'obscurité croissante pour gaffer la vedette de police et passer dessus pour gagner le quai. Le pêcheur-ancreur est content des paquets de cigarettes que nous lui donnons (achetées pour ce genre de troc). Il tente sa chance tout de même en nous demandant si nous n'aurions pas "quelque chose pour lui réchauffer le coeur". Conscient du drame coranique que cela risque de créer, et pour ne pas laisser le malheureux sur sa soif, nous lui lançons une cannette de bière soigneusement emballée dans sac plastique, car "il ne faut pas que cela puisse se voir".

"Attendez une heure avant de l'ouvrir, sinon, ça va gicler" lui souffle-t-on.

Nous ne connaîtrons pas la fin de l'histoire, car après une nuit évidemment mouvementée, une ancre a dérapé au petit matin. Reposée, elle s'est refait une glissade. C'en était assez : Essaouira plus du tout. "On remonte tout et on s'en va" vocifère le Captain. Là on a tout de même eu un peu de chance, les 2 ancres sont remontées facilement ... avec une cinquantaine de kilos de vase noire poisseuse et collante. Un tas immonde sur la plage avant jadis immaculée de Caramel.

Nous sortons de cet infâme port pour nous mettre aussitôt au mouillage à 500 m de là, plus ou moins protégés par la frange de brisants. L'ancre principale semble bien crochée sur fond de sable. Commence alors pour l'équipage le pénible travail de nettoyage de la vase ... puis d'eux -mêmes.

On gonfle Caramelito (le zodiac) pour tout de même essayer de profiter de l'escale. Impossible de remonter le vent et les vagues avec le moteur de 3 CV, l'expérience est humide. Il fait froid dans ce pays, nous sommes mi-août et ce matin, l'eau à 14°C et l'air 20°C. Tant pis, on allume le chauffage. Après une heure, secs et réchauffés, nous établissons le programme de la journée : un bon déjeuner (quiche lorraine brûlante de Catherine), enchaîné par une solide partie de SCRABBLE. Catherine est pratiquement imbattable et Cyrille est très fort.

Après la sieste, bien bercée par le vent qui a reprit de l'allant, Catherine aperçoit à 300 mètres au large un jeune marocain qui nous fait des signes en criant. On devine immédiatement qu'il se noie et que dans les vagues il ne fera pas long feu.

Catherine se bat avec la radio VHF et parvient à joindre les autorités portuaires sur le canal 16. Celles-ci ont l'air étonné d'entendre la voix autoritaire d'une femme....Cyrille plus expérimenté dans ce genre de dialogue, après une année passée au CROSS Etel, prend le relais :

Cyrille : "Securité - Affaires Maritimes d'Essaouira, ici Caramel, avons repéré un homme à la mer prêt à se noyer à 300 m, sommes ancrés devant le port , pouvez-vous envoyer des secours car le temps d'installer le moteur sur le zodiac nous risquons d'arriver trop tard ?"

Capitainerie : "Kârhaamel !? heuuuuu (1 minute) silence puis bruits de dialogue

Cyrille : "Sécurité - Affaires Maritimes d'Essaouira, ici Caramel, la situation est urgente, contacter nous svp"

Capitainerie : autre voix "Kharhoumel, bien reçu, on t'envoie la vedette"

Dans le même temps, Yannick et le Captain équipent le Zodiac avec le moteur de 10 CV. Nous arrivons trempés près de lui en même temps que les secouristes de la plage, prévenus par un planchiste. Nous laissons évidement les locaux faire leur travail, mais le jeune se débat et replonge en criant que c'est par nous qu'il veut être sauvé !! Nous sommes flattés mais il y a anguille sous roche et nous laissons les secouristes reprendre de force le zozo. La vedette du port arrive enfin avec les officiels, alors que tout est rentré dans l'ordre et que nous remontons le zodiac.

Incroyable ce gamin qui inconsciemment peut-être a risqué sa vie en se mettant à l'eau depuis le port et s'est dirigé vers nous pour pouvoir monter à bord. Nous ne comprenons pas sa motivation, mais c'est sans regrets que nous quittons le mouillage de bonne heure le lendemain.

Dernier cadeau du Maroc, notre ancre coincée dans un vieux câble au fond de l'eau. On s'en dégage finalement facilement.


 

Roulez Jeunesse, la houle croisée est toujours là mais avec plus de vent cette fois. Caramel avale 180 milles en 24 heures.

Les oiseaux sont différents, nous observons l'adresse des pétrels tempêtes, ces petits oiseaux d'une quinzaine de centimètres rasent l'eau au creux des vagues, le bec ouvert pour chaluter le plancton. Nous voyons des quantités de puffins aux ailes fines liserées de noir, et ces curieux labbes, oiseaux opportunistes qui suivent à très courte distance les puffins pour leur voler le poisson pêché.


 

Et le lendemain midi, les premières îles des Canaries sont en vue dans un rideau de brume. Le soleil a des reflets laiteux et métalliques sur le creux des vagues, mais la température monte enfin.

Nous prenons la décision de nous arrêter au plus court sur la première des îles, tout au nord : La Gracioza, conseillée dans les guides pour son aspect sauvage et rustique.


 

L'arrivée est somptueuse dans une eau émeraude, une mer calme malgré le vent, la petite île de La Graciosa à droite et les immenses falaises volcaniques de Lanzarote à un mille sur la gauche : scenic view.

Chance, il reste une place sur le ponton du port, on s'y glisse en marche arrière au chausse-pied (merci l'hélice d'étrave). On va enfin se payer une bonne nuit.


 

L'équipage part en reconnaissance de cette petite île volcanique comme tout l'archipel. Ici pas de routes, mais des pistes de sable, même dans le village. Une douzaine de Land Rover permettent de se déplacer dans l'île qui appartient à 6 familles. Très peu de végétation, car il ne pleut pratiquement pas. Quelques touristes espagnols viennent rechercher ici le grand calme.

Au restaurant du port, nous commandons la spécialité locale : la "vieja a la plancha" (poisson perroquet). Délicieux. Ces poissons sont de la même famille que les fameux brouteurs de coraux des mers chaudes mais ces cousins-ci sont moins colorés. On les aperçoit facilement en plongée. Il y a beaucoup de poissons par ici et on peut les acheter pour pas cher, ce qui est commode pour les mauvais pêcheurs que nous sommes.

Après une nuit réparatrice, Cyrille et Yannick chaussent leurs babouches à crampons et s'en vont grimper au plus haut sommet de l'île : 2h30 de marche dans le reg. Catherine et Patrick s'en vont marcher plus modestement sur l'île. Certaines parties sont jonchées de millions de coquilles d'escargot. D'ou viennent ces gastéropodes amateurs d'humidité dans ce désert sec ? Mystère.

La mer est vert clair et limpide, la température est de 22°C au bord de l'eau : le bonheur avec un masque et des palmes. Saine fatigue, bonne nuit.


 

Réveil en fanfare le lendemain vers 07h30 : notre voisin, Reinhart, qui navigue seul est parti en oubliant de défaire une amarre. Le vent l'a aussitôt repoussé sur l'étrave de Caramel, bien défendue par son ancre. Le malheureux distrait voit s'arracher un hauban et 3 chandeliers en glissant sur notre ancre. Tous les voisins se lèvent pour lui donner un coup de main. Plus on s'éloigne de la civilisation nautique, plus l'entraide est importante.


 

Encore une journée de vacances pour nous qui savourons le plaisir d'être en maillot toute la journée. Nous prenons des coups de soleil sur les épaules et le dos, habituellement à l'abri du tee-shirt. Une partie de pétanque acharnée clôture cette bonne journée.


 

Lanzarote nous tend les bras, et après une courte navigation de 4 heures, nous rentrons dans le port d'Arrecife, capitale de l'île. Ici également la taille de Caramel ne facilite pas les choses. Amarré au vent du ponton, nous devons encore mouiller une ancre au milieu du port pour tenir notre arrière à l'écart. Rebelote, le surlendemain le Captain devra plonger pour récupérer notre belle ancre Fob light. Enfin le métier rentre et on s'inquiète de moins en moins des pépins qui arrivent.


 

Nous voilà installé depuis une semaine dans le très belle marina de Puerto Calero au sud de Lanzarote. Un endroit parfait pour laisser son bateau en sécurité, le temps d'attendre la saison de la traversée de l'Atlantique ou de rentre un temps en Europe.


 

Nous avons loué une voiture, ce qui est indispensable vu l'isolement de la marina et peu coûteux car le kilométrage potentiel limité et les autos anciennes. En quelques jours nous avons déjà bien visité cette île rude et dure, mais dont la perception s'adoucit avec le temps.

On ne va pas recomposer un guide de voyage, mais voici ce qui nous a plus :


 

La visite du Parc National de Timanfaya ou la Montaña del fuego : 200 km² de champs de lave issus de la plus longue éruption connue : 6 ans au 18ème siècle avec la formation d'une trentaine de volcans. A certains endroits, la température atteint 600 °C à 10 m sous terre. Démonstrations et sensations fortes garanties.


 

Le courage de l'homme en comparant les champs de laves tourmentés, témoins de la formidable puissance de la nature, à côté des petits champs de sable volcanique noir patiemment étendu, où timidement poussent quelques vignes, quelques figuiers de Barbarie, quelques légumes.

La beauté des murets demi-circulaires montés en pierres de lave qui protègent les pieds de vigne du vent et les long murs bas qui dessinent les champs.


 

La couleur uniformément noir jais de champs de sable et les paysages de volcans.

Les statues et les mobiles de César Manrique qui jalonnent l'île et l'utilisation de la pierre de lave dans les construction.


 

L'excellent vin de cépage Malvoisie produisant un délicieux blanc sec, parfait avec le poisson.

Le ciel orange et rose au coucher du soleil et le jardin de Catherine qui se porte enfin bien (2 pieds de basilic).


 

Bientôt fin août, Cyrille et Yann sont repartis, et Caramel continuera son périple dans les Canaries dès le début du mois prochain. En attendant, le temps est mis à profit pour lui faire un grand nettoyage, le briquer et mettre au point quelques bricoles avant le départ sur le Cap Vert fin octobre.

Mais c'est une autre histoire.

Catherine & Patrick à bord de Caramel
à Puerto Calero - Lanzarote le 31 août 2001


 

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