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Table des matières.

CHAPITRE 16 : Fort Lauderdale (Floride) - Bermudes - Horta (Açores)

Caramel est écrasé sous la chaleur moite des waterways de Fort Lauderdale. L'appareil de conditionnement d'air que nous avons ajusté sur le capot du carré tourne toujours après un mois d'absence ! Il fait sec et frais dans le bateau. C'est l'été, il pleut beaucoup et ce sont de très grosses gouttes … Nous revenons début juin en Floride après avoir bien œuvré en Europe pour le retour à la vie terrestre, mais notre retour sera un faux départ car de longue date, nous avons prévu de faire convoyer Caramel de Floride aux Açores. Nous sommes seulement ici pour une semaine, afin de préparer Caramel à la transat et le confier aux bons soins de Pierre-Yves. Il sera en sécurité entre ses mains expertes. Pour l'accompagner, nous avons formé un équipage purement français : Marc et Jacques, la cinquantaine vigoureuse et Jérémie, la vingtaine exploratrice.

Nous avons demandé à l'équipage de rédiger le chapitre concernant leur traversée : Fort Lauderdale - Horta (Açores) et c'est Jacques, au naturel volubile qui s'y est logiquement attelé.

MERCREDI 11 juin 2003 (Marina de Ft Lauderdale)

C'est le jour du départ. Marc se lève et m'annonce 6h30. Je suis entre deux eaux depuis un petit moment, mais je lui répond que je vais faire un petit rab !

A 7h j'ouvre la porte du carré, monte à l'échelle et constate que le bateau est vide, tout le monde étant à la douche. Le ciel est bleu; il fait bon. Pendant le petit déjeuner, j'arrive à faire rire Pierre-Yves; la discussion est animée et Pierre-Yves nous donne ses dernières recommandations, qui ont été, la veille, précédées d'un briefing complet.

Patrick arrive à 8h15 suivi de Catherine. Le départ s'organise immédiatement. Une photo pour immortaliser le largage des amarres et nous voilà partis vers le ponton à gazole avec Pierre-Yves à la barre, Patrick nous accompagnant jusque là. En chemin, nous admirons les villas et les navires, tous plus beaux, tous plus gros, tous plus excentriques les uns que les autres: un ponton en marbre, une "victoire de Samothrace" dans un jardin, un bateau construit à partir d'un morceau de carlingue d'avion, un drakkar Viking, rien n'est trop voyant, rien n'est trop clinquant. Sur le chemin, sur demande radio, un pont mobile se lève pour nous permettre de passer car en fait, toute la zone des Marinas provient d'un marais aménagé avec des langues de terre reliées par des ponts levants.

Pendant le plein, Pierre-Yves va chercher des sandwiches puis remontant à bord, prend le commandement de CARAMEL. C'est l'instant des adieux où Patrick et Catherine ne voient pas sans émotion s'éloigner Caramel. Quelques instants encore en attendant l'ouverture de "Causeway Bridge", ultime obstacle pour l'accès au chenal de sortie, Pierre-Yves fait des ronds dans l'eau et "teste" les fonds vaseux. Il est 11h quand nous arrivons à la dernière bouée, après avoir évité plusieurs chauffards des mers avec leurs bateaux de pêche à étages. Pierre-Yves me propose de prendre la barre, le temps d'établir les voiles. L'exercice à valeur de test en vraie grandeur pour l'équipage. La température de la mer est de 28°C, le vent chaud et d'une humidité voisine de 95% souffle doucement du sud et nous pousse vers un Gulf Stream qui porte alors jusqu'à 4 nœuds vers le nord. Idéal pour casser la croûte.

A vrai dire, le sandwich de Pierre-Yves me semble un peu étouffe chrétien et la température n'arrête pas de monter: j'ai beaucoup de mal à supporter. Heureusement, les pilules miracle de Catherine sont là et le pire est rapidement évité. Une douche et une pomme remontée du carré par Marc achèvent le rétablissement … ce qui me permets de prendre la plume pour la première fois. Pendant que je me livre à ma prose, la navigation connaît des moments plus ou moins calmes et le moteur en appui n'est abandonné qu'un court instant pour s'éloigner des côtes tandis que Pierre-Yves nous fait observer quelques poissons volants.

La côte a maintenant disparu; la grande aventure commence! Avant la nuit, Marc assaisonne la salade de riz judicieusement préparée avant le départ. Ce n'est qu'à la nuit tombée que nous arrêtons enfin l'appui du moteur pour traverser une succession d'orages avec des rafales à plus de 30 nœuds. On observe même sous deux ou trois amas de nuages sombres des ébauches de colonnes de trombes. Au milieu de la nuit, pendant mon quart, les orages entourent le bateau et quelques grosses vagues traversent le pont. La lumière des éclairs est telle que je vérifie que nous n'avons pas à faire au phénomène des feux de St Elme. La mer est hachée et le comportement du bateau est remarquable. On dirait qu'il glisse de vague en vague comme un skieur dans un champ de bosses.

JEUDI 12 juin 2003

 

Le temps s'est rétabli. Mer et ciel sont bleus. Les 4 équipiers viennent tour à tour prendre leur petit déjeuner dans le carré où la température a bien baissée. Le trafic des cargos est rare et nos seules rencontres sont des oiseaux "paille en queue" qui viennent voler autour du bateau. On ne lit pas, on ne joue pas, toute notre attention est concentrée sur la marche du bateau qui n'a pas quitté l'allure du bon plein depuis le départ sachant que nous avons vaillament parcouru 180 miles au cours des dernières 24 heures.

Pour le déjeuner, je prépare une grande salade verte et le reste de salade de riz avec tomates oignons olives etc… Une discussion s'amorce alors avec Marc sur "l'école des dériveurs". Chacun ajoute son expérience, ses souvenirs; c'est notre première conversation à bord … et zut! on a raté l'heure du FAX, ce qui semble ne chagriner personne, sauf moi!

A la faveur de la mise en route du groupe électrogène et du désalinisateur, j'en profite pour soudoyer à Pierre-Yves la possibilité de faire une sieste "climatisée" (d'autres en profiterons!) car je souffre toujours beaucoup de la lourdeur de l'atmosphère. Une heure plus tard, le soleil est brûlant et la mer d'un bleu dense est toujours à 28°C, l'horizon étant parsemé de gros nuages blancs sur 360°. Le vent qui est tombé à 15 nœuds siffle néanmoins dans les haubans et propulse de bateau à un peu plus de 7 nœuds. Jérémie qui est à la barre exécute scrupuleusement les tâches de l'homme de quart tandis que Pierre-Yves est à la table à cartes et que j'écris. Pour sa part, Marc récupère sur sa couchette.

Ce soir, la préparation du dîner semble un véritable casse tête pour Jérémie qui n'est manifestement pas habitué à un tel exercice! Farfales très 'al dente' et tomates en boîte 'brutes de décoffrage' seront le résultat du prodigieux effort accompli … Devant le problème Pierre-Yves décide qu'afin d'éviter les surprises, il y aura désormais un tour pour la préparation des repas. Cette deuxième nuit sera paisible avec un vent régulier de 20 nœuds et une mer calme éclairée d'une lune généreuse. Cette nuit sera d'autant plus paisible que nous découvrons comment programmer le pilote sur l'orientation du vent! C'est un vrai progrès pour beaucoup plus d'efficacité, car il faut bien avouer que la vent a quelquefois des caprices et ne respecte pas toujours notre route …

Entre deux quarts, le sommeil est toujours aussi difficile à trouver et une certaine fatigue se fait sentir, même si l'ambiance reste sereine. Il faut dire que comme on a tendance à décoller de sa couchette dans le triangle avant, et même si la qualité du matelas est manifestement prévue pour amortir les accélérations négatives, le carré se transforme facilement en dortoir pendant les quarts de nuit !

VENDREDI 13 juin 2003

Après le petit déjeuner et la toilette, c'est l'heure de mon quart (10h à 14h) et aujourd'hui c'est un vrai jour de chance - vendredi 13 - Imaginez qu'en l'espace de deux heures nous verrons 6 oiseaux 'paille en queue', un navire usine -qui nous oblige à nous dérouter pour s'écarter d'une route de collision, mais si…même au milieu de nulle part et avec une probabilité infinitésimale…, un banc de dauphins venus jouer dans l'étrave et … un FAX de Brigitte, suivi d'un d'Agathe et d'un de Cécile; tous porteurs de bonnes nouvelles!

Déjeuner salade composée puis sieste à l'intérieur par une chaleur humide étouffante, car dehors c'est l'insolation assurée. La météo restant toujours aussi optimiste, Pierre-Yves entreprends de préparer minutieusement ses lignes de pêche. Nous avons à nouveau parcouru 180 miles et nous en déduisons qu'il faudra encore au moins 3 jours pour atteindre l'horizon des Bermudes, même si nous ne nous y arrêtons pas.

A l'heure de l'apéro, nous décidons de tester la sono de bord avec un CD d'opéra que j'ai apporté. Comme nous avons la possibilité de diffuser la musique par les HP intégrés dans le tableau de bord extérieur, donc sans gêner les sommeilleux, la musique nous accompagnera jusqu'au premier quart de nuit. Dîner poulet pommes de terre rissolées préparé par Marc. Comme dit Pierre-Yves ce sont les conditions d'une croisière de plaisance … et tant mieux car cela nous permet de nous adapter en douceur.

Nuit sereine éclairée par la pleine lune avec une nette baisse de l'humidité. Ouf! On va enfin pouvoir dormir un peu après une douche bien appréciée en fin de journée. Le confort quoi …!

SAMEDI 14 juin 2003

 

Les jours se suivent mais ne se ressemblent pas! Aujourd'hui, rien à l'horizon, pas de visite, pas de message … alors, on crée l'événement: Pierre-Yves mets une ligne à l'eau dont la seule pêche sera constituée de quelques 'sargasses'. Un peu de lessive et lecture. Déjeuner de salade composée et café pour ceux qui veulent. Le vent tombe à moins de 7 nœuds et on met le moteur en appui. Arrivé à 1500 tours, je distingue un léger grincement de courroies: émoi de Pierre-Yves qui ouvre la 'salle machines' et scrute la zone suspecte. Rien de flagrant, alors on referme tout.

Pour moi qui suis d'un tempérament plutôt actif, j'en arrive à me surprendre à prendre plaisir à faire le lézard pendant que Marc se tartine le dessus du crâne. Pour sa part, Jérémie a décidé de s'attaquer au manuel technique de la "carte de navigation" électronique et Pierre-Yves se dit qu'il ne va pas pouvoir éviter l'escale technique aux Bermudes. En effet, bien que le moteur appuie toujours la navigation, notre moyenne est tombée à 150 Miles et la météo n'annonce pas de changement. Avec deux jours de moteur supplémentaires, il serait prudent de compléter le plein avant la grande traversée.

La pêche n'ayant à nouveau rien donné, on finit le poulet au dîner. Keith Jarret puis les cœurs de l'Opéra créent l'ambiance du coucher de soleil pendant mon quart suivi de celui de Marc.

Le vent tourne progressivement au SO mais reste mou. C'est donc une nuit confortable, au fifty, propice au sommeil et à la récupération, d'autant que la température a un peu baissé à 25°C. Avec le décalage horaire, je termine mon quart de nuit avec le lever du jour. C'est et cela reste un moment exceptionnel de beauté lorsque les conditions météo sont clémentes - on se prend alors à rêver et l'on s'interroge sur le mystère de l'existence de la planète terre.

DIMANCHE 15 juin 2003

Petit à petit, la vie à bord se normalise et les tâches quotidiennes trouvent un rythme spontané. Soleil, ciel bleu et un horizon nettement tranché marquent une chute sensible de l'humidité. Malgré deux lignes à l'eau, la pêche de Pierre-Yves reste infructueuse. Je me lance donc à confectionner un bas de ligne pour tester les leurres multicolores que j'ai apportés. Après une installation méticuleuse, je mets ma ligne à l'eau et là se produit ce qui devait arriver. Au bout de quelques minutes, Pierre-Yves me lance d'un ton rageur: "t'as emmêlé nos lignes! Débrouilles toi! ". Je vais alors passer une bonne heure de patience en plein soleil pour faire le tri sans rien couper. Mon expérience s'arrêtera là pour la journée, mais Pierre-Yves restera aussi bredouille.

Seule rencontre de l'après-midi: le souffle de quelques cétacés. Aussi, soit disant pour mieux voir et histoire de faire un peu d'exercice, Pierre-Yves grimpe à la force des bras jusqu'aux barres de flèche, sans filet... A la faveur de la poursuite d'une navigation au moteur toutes voiles affalées, Pierre-Yves, dont c'est le tour, nous concocte un dîner de chef: steak haché, pommes de terre au fromage au four, tomates et oignons fondus à la poêle, un régal… Soirée Jazz douche et dodo bercé par un roulis devenu de plus en plus marqué à la faveur d'une forte houle de NO qui nous rattrape par le ¾ arrière.

LUNDI 16 juin 2003

 

7h30, le vent tourne de plus en plus à l'ouest 12/15 nœuds et Pierre-Yves décide de nous remettre au fifty en vent arrière. Branle bas d'installation du tangon bâbord. Ca ne va pas. On replie tout et on installe le tangon tribord. Malgré le barouf, Jérémie reste terré dans sa tanière. Pour ma part, impossible de trouver le sommeil et comme je me sens utile à rien, je prends mon petit déjeuner.

Séance de lecture pour les équipiers pendant que Pierre-Yves continue à s'affairer dans les cartes et les manuels de bord. Un peu avant de prendre mon quart de 10h … terre à l'horizon! A peine le premier haut fond est arrivé que çà y est: touche sur une ligne. En l'espace de deux temps trois mouvement, Pierre-Yves transforme la bonite suicidaire en tranches qui feront immédiatement notre déjeuner au grand dam de Jérémie dont c'est le tour en cuisine! S'en suivent les manœuvres d'entrée au port Saint Georges avec pour objectif de " faire du fuel " et de reprendre immédiatement la mer.

C'est jour férié en raison de l'anniversaire de la Reine Elizabeth (Commonwealth et propension au farniente obligent !!) L'activité sur le plan d'eau du port est intense. Les jets skis font la course en tous sens tandis que les bateaux emplis de passagers diffusent à pleine puissance de la musique créole qui entraîne quelques danseurs. Notre objectif de " touch and go " ne sera pas réalisé car les événements vont en décider autrement! Tout d'abord, le pompiste refuse de nous fournir avant que nous ayons réalisé les formalités de douanes et d'immigration; contre mauvaise fortune nous nous résignons donc à faire le nécessaire et après un échange radio avec la Capitainerie du port nous suivons leurs indications.

Accostage, Pierre-Yves part en délégation et reviens le sourire aux lèvres: visa accordé pour 24 heures sans autre problème. Retour à la pompe nouvel accostage, mais au moment de payer, Pierre-Yves constate qu'il a oublié sa carte bancaire dans le distributeur de billets où il été allé auparavant chercher quelques US Dollars ! Trop tard la banque est fermée, "revenez demain" ! Nous voilà donc contraints de rester une nuit sur place.

Bon gré mal gré, nous nous frayons un amarrage à couple avec un bateau occupé par une Canadienne et quelques Américains gentiment éméchés. Alors que nous sommes entrain de siroter une pression bien fraîche nous nous précipitons sur un bout de quai se libère - 4ème amarrage de la soirée -. Un "hôtel flottant" est amarré au port de commerce et a déversé ses milliers de touristes dans les rues du Port de Saint Georges.

Il fait une chaleur lourde étouffante et nous n'avons pas le courage de chercher un restaurant autre que celui situé en face du bateau, d'autant que la table roule gentiment. L'addition sera salée pour un repas fort médiocre! Après le dîner je me retrouve seul à avoir envie de faire un peu de marche, tant pour me dégourdir que pour découvrir les rues du port. Qu'a cela ne tienne: je pars seul et je découvre juste derrière la rue commerçante, une superbe résidence avec Club Privé très "British" sur les hauteurs. A mon retour, environ une heure plus tard, je retrouve tout le monde au même endroit avec quelques cadavres en plus sur la table. Marc et moi rentrons à bord nous coucher tandis que Pierre-Yves et Jérémie partent à la recherche de loisirs nocturnes.

Après une bonne douche, alerté par un bruit venant de l'extérieur, je découvre Marc confortablement allongé sur une banquette du cockpit et plongé dans un profond sommeil sonore. Réveillé à deux heures du matin, heure habituelle de mon quart, je constate qu'il a regagné sa couchette et j'en profite pour vérifier las amarres du bateau alors que le ciel verse quelques gouttes de pluie.

MARDI 17 juin 2003

J'ouvre l'œil à 9h30. Il tombe des trombes d'eau et à ma grande surprise, c'est le plus grand silence: tout le monde dort. Je me dirige alors vers le carré pour préparer le petit déjeuner. Marc me rejoint peu de temps après et nous décidons de procéder à un réveil en douceur des fêtards de la nuit au son des sonates pour piano de Mozart. Au bout d'un certain temps, Pierre-Yves apparaît les yeux pleins de sommeil et après avoir avalé un café sans un mot, il mets son ciré et quitte le navire probablement dans l'espoir de récupérer sa carte bancaire.

Il pleut à verse. La temps est complètement bouché et le baromètre continue de baisser: voilà une dépression que nous n'aurons pas! Laissant Jérémie se réveiller, Marc et moi, entreprenons de faire quelques emplettes de boissons fruits et pain pour le bord. La supérette locale est assez miséreuse et ruineuse aussi les paquets seront faciles à transporter. Après avoir acheté quelques cartes postales, et une carte de téléphone nous nous dirigeons vers la poste.

Commence alors un épisode homérique: téléphoner à PARIS! Il nous faudra une bonne demi heure avant de pouvoir utiliser la carte prépayée. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué. L'opérateur étant américain, il faudra se battre avec le clavier du téléphone pour entrer dans l'ordre et sans se tromper des séries de dizaines de chiffres. Bien sûr, la première communication est un faux numéro, la seconde sonne dans le vide car la maison est vide et ce n'est qu'au 3ème coup de fil que Marc peut enfin échanger quelques mots avec Brigitte qui avait bien reçu notre fax de la veille retransmis par Agnès.

Retour au bateau ou nous apprenons avec satisfaction que Pierre-Yves a finalement récupéré sa carte bancaire au commissariat de police car elle n'était plus à la banque. Ouf! (soulagement malheureusement provisoire ) La personne a priori honnête qui avait remis la carte de crédit aux policiers, se révèlera, plus tard, en avoir noté les références pour son profit comme en attesteront quelques débits constatés ultérieurement… Alors que le clapot se renforce dans la lagune, la météo collectée sur Internet annonce des vents de NE de 35 nœuds dans les 24h. Pas bon pour notre route!

Pierre-Yves décide donc de quitter le quai sur lequel le vent nous pousse pour aller jeter l'ancre de l'autre côté. La manoeuvre est effectuée sous une pluie battante. Nous ne déjeunerons enfin tranquillement que sur le coup de 15h, ou plus exactement de 16h Pierre-Yves ayant estimé qu'il était temps d'ajuster nos montres. Le vent ne mollit pas les conditions restent très défavorables. Les paquebots de croisière ne sortent pas, seul un superbe sloop de 80 pieds (estimés) s'élance vers le goulet de sortie, il rentrera une heure plus tard !! Après déjeuner rangement et lecture. Dîner "cuisiné" filet mignon au four avec purée de mangues et dodo.

MERCREDI 18 juin 2003

 

Après des pointes a plus de 40 nœuds dans la nuit et des trombes d'eau, le vent se calme un peu, mais il pleut toujours. On décide de " faire " une machine à laver le linge, tandis que Pierre-Yves fait de "l'annexe stop" pour aller à terre régulariser notre situation puisque nous n'avons pas quitté le territoire comme prévu et pour prendre la météo. Marc aperçoit une tortue qui nage vers le chenal de sortie mais j'arriverai trop tard pour la voir.

A son retour, au vu de la météo, Pierre-Yves nous propose de déjeuner rapidement et de lever l'ancre. Notre sortie se fait à 15h par 20/25 nœuds de vent de SE, ce qui est plutôt mieux qu'hier, sur une mer très hachée sur des fonds très faibles. Tout ce qui n'était pas correctement calé valdingue dans le carré. Ces conditions nous tiendront toute la soirée et la nuit. Malgré l'excellent comportement du navire, compte tenu de l'inconfort de la situation, le dîner sera limité à une assiette de haricots rouge à la tomate, ce qui arrange bien Jérémie.

A deux heures, Jérémie vient cogner à la porte de ma cabine car, bien que je ne sois pas arrivé à trouver le sommeil, mon alarme n'a pas enregistré le "décalage horaire" de la veille. Compte tenu de l'état de la mer, nous continuerons à naviguer à la roue pendant toute la nuit.

JEUDI 19 juin 2003

A mon réveil, la mer est devenue plus régulière avec une longue houle ; le vent a faibli et nous mettons toutes voiles dehors. Notre vitesse atteint plus de 9 nœuds sur le fond sous PA. Vers midi, à la faveur d'un gros grain, le vent monte brusquement à plus de 30 nœuds et la mer se forme à nouveau. FAX d'Agnès.

La tension monte progressivement dans l'équipage à la vitesse à laquelle se creuse la mer qui devient franchement agitée. Il ne nous reste plus qu'un foc réduit au N°1 et nous filons plus de 8 nœuds au près au milieu de vagues qui se cassent sur le pont. Le ciel est plombé et les grains se succèdent, le vent atteignant des pointes à 35 nœuds. Sale temps!

N'étant pas de quart, je m'allonge sur une banquette du carré, mais il est hors de question de fermer l'oeil. Et puis, sur le coup de 7-8h, pendant mon quart, le vent mollit et vire au S puis au SW. C'est donc sous foc tangonné au PA, malgré une forte houle de SE que Pierre-Yves nous prépare un steak haché au coulis de tomates fraîches bien réconfortant.

La nuit est sombre et la mer déserte. Comme le vent mollit encore, je mets 1200 tours au moteur pour appuyer un vent arrière de 12/15 nœuds. Vitesse au loch 6/7 nœuds. Pas terrible!

VENDREDI 20 juin 2003

La fatigue se faisant sentir, je me couche vers 5h après une bonne douche (le bateau est de nouveau à plat) pour me réveiller stupéfait à 10h moins le quart! Juste le temps d'un petit déjeuner sur le pouce et c'est à nouveau mon quart. Le soleil est de retour, la mer est belle et nous filons 7/8 nœuds. Pierre-Yves a mis une ligne à l'eau. Discussion avec Marc sur l'organisation de notre futur départ des Açores qui pourrait être avancé de 2 jours si nous continuons au rythme de 180 à 190 miles par jour, car il semble que nous ayons pris les bonnes options de route compte tenu de la météo. Inch Allah!

L'allure est confortable et Pierre-Yves comme moi en profitons pour faire quelques photos et séquence filmées. Jérémie est à la barre et regardant la ligne qui traîne désespérément depuis le matin, lâche une expression de dépit à propos d'une pêche par trop infructueuse. A peine a-t-il fini sa moue que c'est une touche magistrale. Des dizaines de mètres de fil partent à l'eau. Je me précipite et bloque brièvement le déroulement du fil: il y a bel et bien une prise autre qu'une sargasse. Tout va très vite: Jérémie arrête le bateau. Pierre-Yves monte quatre à quatre les marches depuis la table à cartes pendant que Marc brasse le nylon. Je file à l'arrière et devine une grosse prise. Je sors l'épuisette qui semble dérisoire vu la taille du thon qui est au bout de la ligne.

Vite la caméra … le bateau fait le bouchon. Le poisson saute à tout rompre pour tenter de s'échapper. A la hâte, Pierre-Yves a confectionné une sorte de lasso qu'il enfile à grand peine autour de la queue du poisson pendant que je tiens la gueule du thon hors de l'eau. Pris par l'avant et l'arrière, nous hissons la bête à bord et nous nous accordons sur un poids d'environ 30 Kgs et sa découpe durera environ ¾ d'heure sous le couteau acéré de PY. Comme j'avais montré quelque talent en la matière, il m'échoit, pendant ce temps, de démêler la ligne et de la replier.

La houle de SE prend notre route par le travers et le bateau file 7 à 8 nœuds au grand largue par 20 nœuds de vent. Malgré un intense roulis, je prépare un dîner de tomates farcies avec les restes de viande hachée. Après le dîner, le rythme des quarts de nuit reprend.

SAMEDI 21 juin 2003

Nous avons bénéficié pendant la nuit d'un courant porteur de 1.5 à 2 nœuds. La mer calme et le vent tourne doucement mais régulièrement au SO. Compte tenu de notre allure de grand largue, la route s'oriente donc progressivement vers le plein Est d'autant qu'avant le déjeuner, Pierre-Yves nous fait mettre les voiles en ciseau et gagner ainsi près de 20°.

Devinez le déjeuner? Thon au riz et sauce à la tomate fraîche. Tip top!!! … et pour couronner le tout un FAX commun de nos épouses. Après déjeuner, histoire de ne pas perdre la main, Pierre-Yves grimpe pour la troisième fois aux 1ères barres de flèche avec pour objectif de protéger la GV contre les frottements au vent arrière. Comme on pouvait s'y attendre, le rouleau d'adhésif tombe sur le pont et est miraculeusement récupéré. Ce travail étant terminé, Pierre-Yves descend et se rend compte que la chute du Foc s'est esquintée sur 30 à 40 cm.

Branle bas de manœuvre. Vent arrière puis bout au vent puis moteur … toutes voiles affalées, on descend le foc sur le pont et … vive le bosco. Deux heures plus tard, mouvement inverse : tout est rétabli pour le dîner. L'honneur est sauf, mis à part que Pierre-Yves nous fait prendre conscience que nous avons raté l'heure de la bière ! Discussion ; interrogation ; comment cela est-il possible de ne pas avoir remarqué que depuis le départ, Pierre-Yves prend quotidiennement une bière à 18h ? Eh oui 18h et pas 17h55 ni 18h05! Heure locale bien sûr … encore que les jours de changement d'heure, il y a un cap difficile à passer. Nous y mettrons désormais bon ordre!

Ce soir Marc nous a préparé un dîner "mixed grill" avec des pommes de terre au four. Vers 22h nous croisons un navire marchand qui suit une route parallèle à la nôtre en sens inverse : il faudra être vigilants cette nuit. Après mon quart de nuit, pendant mon temps de "réserviste", je prépare une marinade de thon cru au citron vert et à l'huile d'olive pour le déjeuner de demain et mets le tout au frigo.

DIMANCHE 22 juin 2003

Vent arrière et mer belle, mais le vent manque de générosité. Dans la matinée, j'aperçois un serpent de mer "aiguillette" à quelques mètres du bateau, mais tout à la cuisine vers midi je ne verrai à nouveau pas une 2ème tortue de belle taille (1m selon Marc) sur bâbord. Nous ne ferons que 130 miles de 15h à 15 heures.

Pour le déjeuner, nous dégustons le thon mariné revenu une minute à la poêle avec une salade de tomates et les dernières feuilles de salade verte. Journée dominicale, farniente et bronzing. Pierre-Yves nous recommande la lecture du manuel de survie "tous temps" … Marc à du mal à se concentrer sur la "super majeur cinquième" de Lebel. Discussions à bâtons rompus sur la voile les copains etc …

Pour célébrer la fête de la musique, le 1er quart de nuit se déroule au son du concerto pour 3 pianos de J.S. Bach pioché dans la généreuse discothèque du bord.

LUNDI 23 juin 2003

Après un léger grain sur le coup de5h30 du matin, c'est une tempête de ciel bleu qui s'abat sur notre embarcation. Mer à 22° air frais soleil brûlant et humidité réduite: le rêve du vacancier. Les discussions vont bon train avec Marc et Pierre-Yves. On envisage des variantes sur le post acheminement d'Horta vers Paris via Lisbonne sans y passer la nuit en correspondance.

Et pendant ce temps là, notre vaillant destrier file toutes voiles dehors, volant de vague en vague par 20 nœuds de vent arrière. Dans un noir d'encre, la nuit s'avérera à la fois confortable et rapide avec des pointes à 10 nœuds. Une heure avant le lever du jour, le ciel s'éclairera progressivement avec l'apparition de quelques étoiles puis d'une lune timide sortis de la brume alors que le plancton phosphorescent éclaire le sillage de l'étrave.

MARDI 24 juin 2003

Au lever du jour, le vent mollit un peu pour reprendre de plus belle du secteur O vers 10h. Nous aurons parcouru 170 miles en 24 h. Après le déjeuner, nous avons la visite de deux bancs de dauphins qui viennent jouer dans l'étrave pendant quelques minutes avant de poursuivre leur route. Bronzing, lecture, sieste et échecs pour Jérémie. Selon la météo reçue de Patrick, çà devrait durer jusqu'à la fin de la semaine.

J'ai beau faire, le PC que j'ai amené refuse obstinément de dépasser la page d'accueil de windows. Tant pis. Je ne pourrais pas commencer à saisir le journal de bord. Au dîner, filet mignon à la poêle légumes verts champignons. Prise de quart au rythme de Claude Luther. Le vent tombe franchement: moteur. La couchette est de plus en plus humide et s'endormir est toujours un problème; aussi la fatigue s'accumule.

MERCREDI 25 juin 2003

Lever vers 8h30. Pendant le petit déjeuner, selon les pouvoirs qui lui sont impartis, le Capitaine décide à 9h qu'il en sera 10. Je vais donc en urgence faire ma toilette avant de prendre mon quart qui est aujourd'hui plus que symbolique vu que nous sommes toujours au fifty. Un banc de dauphins passe dans notre sillage. La ligne que j'ai mise à l'eau à 5h avant d'aller me coucher, n'a toujours pas donné de signe de touche. Après le déjeuner, sieste entre ombre et soleil pendant que PY s'affaire au ménage dans le coin cuisine. Il doit faire 25°C. Je m'endors.

Subitement, je devine le bruit de la ligne qui part sur une touche. Je me précipite et me rend immédiatement compte que PY vient de me faire une blague. Un vrai potache ! Après dîner, soirée Maria Callas qui accompagnera un magnifique coucher de soleil et l'amorce d'une très belle nuit étoilée … sans âme qui vive !

JEUDI 26 juin 2003

Nuit au fifty car le vent n'a jamais dépassé 15 nœuds. La mer est à peine animée par une petite houle de SW. Matinée consacrée à de menues tâches ménagères. Jérémie se concentre toujours sur son jeu d'échecs portable. Quant à Marc, ayant abandonné George SAND à la 300ème page, il s'acharne sur le jeu de la super majeur 5ème. Pour ma part, j'étudie avec intérêt le guide des Açores puisque notre arrivée se confirme pour la journée de dimanche, ce qui nous donnera la possibilité de faire un peu de tourisme en attendant l'arrivée de Patrick.

Les conditions météo restent inchangées et la tempête de ciel bleu se prolonge. Mis à part quelques dauphins, la journée ne sera troublée que par le passage d'un supposé méthanier. Au jeu des devinettes, le consensus s'établit sur un trajet New York Gibraltar. Attention donc cette nuit, d'autant qu'elle s'annonce comme devant être d'un noir d'encre. Soirée Placido Domingo et coucher de soleil enflammé. Heureusement le radar mis en veille ne révélera aucun obstacle cette nuit.

VENDREDI 27 juin 2003

A mon réveil, c'est le branle bas en vue du remplissage du réservoir par les jerricans de gasoil car tout laisse à penser que nous terminerons le voyage au fifty, voire au moteur seul. Pas de souci concernant la quantité disponible, car il ne reste plus que 330 miles à parcourir, mais c'est l'occasion de renouveler les stocks. Après l'effort, j'emboîte les pas de Marc dans l'étude du Lebel.

A midi, ô surprise, mis à part un oignon, c'est la premier repas qui sera entièrement réalisé à partir de conserves. A 48h de l'arrivée, félicitations à la qualité de l'avitaillement car tous les jours, depuis le départ, nous avons consommé au moins un produit frais par repas, ce qui est remarquable. Côté navigation, c'est le calme plat et la route se poursuit toutes voiles affalées. Le programme des lectures de chacun s'épuise et la sieste se prolonge chaque jour un peu plus. Heureusement le soleil est là et CARAMEL est suffisamment vaste pour que chacun trouve son coin.

Dîner côtes de porc et soirée José Carreras. Ce soir le coucher de soleil sera le plus embrasé que nous ayons eu sur 360°, la mer reflétant un ciel rose en une teinte violacée côté est, tandis que la brume côté ouest prend des teintes de braises couleur carmin. Le moteur nous accompagnera cette nuit encore.

SAMEDI 28 juin 2003

Dans la nuit, le vent s'est levé au secteur NO marquant ainsi la fin du passage de la dépression qui nous a accompagnée pendant près d'une semaine et dépassés. Nous mettons la GV en appui sur bâbord amures, puis l'artimon. A 13h GMT, nous descendons sous les 150 miles de notre destination. Un navire porte conteneurs nous croise à l'horizon.

Dans l'après-midi, le vent forcit pour atteindre un peu plus de 20 nœuds de secteur N-NO. Toutes voiles dehors, CARAMEL glisse sur la mer entre 8 et 10 nœuds malgré un fort clapot de secteur NO qui fait rouler la coque à plus de 25°. La préparation du dîner (thon mariné à nouveau) sera "sportive", mais s'agissant du dernier dîner en mer ….

Couché à 9h30, je n'arrive pas à dormir. Est-ce parce que je suis ballotté dans ma couchette, ou parce que je ne veux rien rater des premières lueurs du jour sur le "Pico" et l'île de Faial ? Toujours est-il que lorsque je prends mon quart à 2h du matin, je devine très vite quelques lumières à l'horizon qui, ne sont d'évidence pas celles d'un bateau. Le radar confirme: c'est la terre.

Il fait une nuit noire sans lune et je peste à l'idée que nous risquons d'arriver avant le lever du jour. A 3h30, l'aube se lève et je n'y tiens plus, je vais réveiller Marc (avec ½ heure d'avance) pour partager le spectacle des îles qui sont maintenant dans la pénombre.

Je n'arrête pas de pester contre cette arrivée trop matinale qui me gâche une partie de mon plaisir. Je réduis la voilure, je ralentis le moteur que PY a voulu maintenir en appoint sans que cela m'apparaisse vraiment nécessaire puisque depuis hier soir nous filons à plus de 8 à 9 nœuds. Du coup Pierre-Yves sort du cockpit avec un air interrogateur. J'invente quelque faux prétexte et la beauté du spectacle fait le reste.

Accueillis par une multitude de dauphins qui cabriolent en sautant complètement hors de l'eau et une myriade d'oiseaux divers, nous amarrons CARAMEL à 8h45 sur le quai d'accueil d'Horta. Petit coup de fil à nos familles pendant que PY remplit les formalités d'immigration. Gazole et installation au ponton. L'heure tourne et nous amène rapidement à l'apéritif que nous prendrons bien évidemment chez PETER, Café Sport.

Voilà ce que fut ma traversée de l'atlantique nord que les qualités marines, l'équipement et le confort de CARAMEL nous auront rendu tout à fait agréable par tous les temps. Un coup de chapeau particulier pour la qualité (et la quantité) de l'avitaillement qui nous a permis de profiter pleinement de notre voyage.

MERCREDI 3 juillet 2003

Après un atterrissage plutôt difficile de leur avion d'Air Portugal à Horta (temps bouché et remise de gaz) Patrick et Catherine rejoignent la marina et CARAMEL qui les attend pour poursuivre la traversée.

Terminé le 03 juillet 2003 sur Caramel à Horta sous un ciel lourd, bas et humide, mais entouré de milliers de dessins.

 
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